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Le génie du lieu (séminaire)

Autour de la commande publique d’Anthony Caro dans l’église de Bourbourg

Forum Architecture





A l’heure où la question du religieux semble mobiliser les artistes contemporains, où les recherches sur le rapport entre art et spiritualité se multiplient en France et ré- ouvrent un nouveau champ d’exploration, Le choeur de lumière concentre toutes les interrogations sur l’oeuvre d’art dans l’espace sacré.

Pendant plusieurs années, Anthony Caro a travaillé de concert avec les services des monuments historiques et des arts plastiques de la Direction régionale des Affaires culturelles du Nord-Pas de Calais, la commission d’art sacré et le diocèse de Lille, un architecte, des artisans et des entrepreneurs sans oublier ses propres assistants, pour mener à bien la commande publique qui lui avait été confiée en 1999 : re-visiter un chœur pour l’église de Bourbourg. Après la destruction de l’église en 1940, sa restauration s’est poursuivie pendant plusieurs décennies privant les fidèles de l’espace sacré du choeur caché derrière un mur. L’artiste a investi le lieu dans toutes ses dimensions pour réaliser un chef-d’œuvre artistique, architectural, historique et liturgique. Le visiteur, profane ou non, est invité depuis l’extérieur à pénétrer dans l’église et découvrir l’immensité du travail accompli. Au service du culte, l’œuvre n’en est pas moins artistique, imposant sa force et sa puissance comme vecteurs de la dimension sacrée. Les références directes à l’église catholique et ses valeurs transcendantales ont été évacuées. Anthony Caro a touché le sacré par le traitement de l’espace et de la lumière ainsi que, ce qui singularise son travail, par celui de la matière. Associant terre cuite, métal, béton et bois, il s’engage dans la figuration avec un souci de la présence plutôt que de l’incarnation. Et si l’artiste anglais se confronte pour la première fois à un tel lieu, ses œuvres antérieures rendent compte de préoccupations qui dépassent le juste jeu des formes. Ses sculptures en hommage à Duccio, à Mantegna et à Giotto ou ses œuvres intitulées The Last Judgement ou Cathedral, ne le prédisposaient-elles pas à un tel projet ? Aux épisodes du Nouveau Testament, Anthony Caro a privilégié des figures archaïques qui relèvent autant de mythes fondateurs que de l’Ancien Testament : Adam et Ève et le paradis terrestre, l’eau et son bestiaire, sans oublier l’évocation sculptée de la pièce musicale et chantée de l’Alleluia. Matière et forme servent le propos de la représentation plutôt que du sacré, de la chair plutôt que du symbole, des origines plutôt que de l’histoire, du mythe plutôt que de la religion. Dessin et architecture, quant à eux, construisent l’espace et la déambulation pour mieux souligner les exigences du lieu.

Contrairement à de nombreuses commandes où l’artiste intervient dans un espace circonscrit, et en particulier les vitraux, Anthony Caro a conçu un projet incluant la réfection du sol et la construction d’un nouveau baptistère dans le chœur. La dimension architecturale, étroitement liée à celle du culte et de la liturgie était un préalable. Les limites respectives et l’articulation entre extérieur et intérieur, sculpture et architecture, horizontal et vertical, vide et plein ou nord et sud réactualisent la notion d’in situ. Il en découle une réflexion sur l’accessibilité et la perception du lieu sacré, plus pertinente que celle de la profanation ou de la sacralisation. En cela, il met l’accent sur l’expérience du sacré plutôt que du sacré. Conçues autour et à partir du chœur de lumière, ce séminaire offre l’occasion de découvrir la commande d’Anthony Caro et de visiter les trois musées de Calais, Dunkerque et Gravelines qui ont organisé la rétrospective de l’artiste anglais. Directement liées au chœur de lumière, deux autres demi-journées seront consacrées à l’actualité de la commande artistique dans l’espace sacré. Des exemples de créations dans l’espace public ou privé, de commanditaires privés ou publics permettront de dresser un portrait actualisé de la commande en espace sacré et d’en saisir les évolutions. Depuis la querelle d’art sacré et l’appel aux grands hommes, les artistes se voient confier des commandes indépendamment de leurs croyances et de leur pratique des religions, le sacré étant considéré comme consubstantiel à l’art. Pendant deux ou trois décennies, les commandes de vitraux, abstraits ou figuratifs, se sont succédées dans les édifices de culte anciens. De manière consensuelle, le sacré s’est exprimé grâce à la lumière, matière de la transcendance, avec un certain consensus. Le chœur de lumière est original de ce point de vue. Les enjeux de l’artiste, des maîtres d’ouvrage et des décideurs ont-il changé ? Le chœur de lumière amorce ou souligne- t-il le début d’une nouvelle période ? Des entreprises artistiques tridimensionnelles récentes enrichissent les formes du sacré. Les œuvres du peintre-sculpteur Anish Kapoor abolissent les dualités matière/ esprit et apparition/disparition au profit d’un renouvellement du genre. Elles apportent une réponse au caractère sacré de l’art dans et en dehors du lieu de culte. Le projet de construction, par le faiseur d’images Wim Delvoye, d’une chapelle gothique métallique pour abriter ses vitraux à Anvers rend compte de l’intérêt de l’artiste pour l’histoire religieuse comme fait culturel et iconographique. Claude Rutault dans l’église de Saint-Prim a transfiguré le lieu de culte et de recueillement en un véritable lieu de visite artistique et touristique. Le design et aussi la musique s’emparent de ces lieux comme d’un nouveau territoire. De plus, la collusion du sacré et de l’art a élargi son champ d’intervention à d’autres lieux : chapelle, lieu de médiation, espace pluriconfessionnel ou morgue. Que l’attitude des artistes soit révérencieuse, édifiante ou plus cynique vis-à-vis de l’église chrétienne ne semble donc pas porter préjudice aujourd’hui à l’activité de la commande en espace sacré. L’engagement tient-il de préoccupations spirituelle, fonctionnelle ou patrimoniale ou bien d’une réflexion sur la condition humaine et l’art ? Quel sens donner à ces projets ?


Jeudi 19 et Vendredi 20 février 2009

Pour toute information complémentaire : Musées des beaux-arts de Calais : 03 21 46 48 40 / Direction des musées de Dunkerque : 03 28 66 99 44


Sir Anthony Caro, OM, né le 8 mars 1924, est un sculpteur britannique abstrait dont le travail se caractérise par l’assemblage d’objets industriels métalliques de récupération.

Anthony Caro a découvert le modernisme en travaillant avec Henry Moore, dont il a été l’assistant de 1951 à 1953. Après avoir fait la rencontre de Clement Greenberg, Kenneth Noland et du sculpteur David Smith au début des années 1960 lors de son voyage aux États-Unis, fasciné par leur approche, il abandonne le travail figuratif de ses débuts pour s’orienter vers des sculptures faites de soudures ou d’assemblages d’ensembles préfabriqués métalliques (en acier, en fer ou en alliage), telles que des poutres, pièces de diverses formes. Souvent, le produit fini est peint.








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