Le plus grand des arts africains : la sculpture André Malraux
C’est à travers sa sculpture que l’Afrique reprend sa place dans l’esprit des hommes. Cette sculpture, ce sont des signes, on l’a beaucoup dit. Ajoutons pourtant : des signes chargés d’émotion et créateurs d’émotions.
Ce sont aussi des symboles, au sens où l’art roman était un art de symboles.
Ces œuvres sont nées comme des œuvres magiques, nous le savons tous : mais elles sont éprouvées par nous, comme des œuvres esthétiques. On nous dit : par « nous », occidentaux. Je n’en crois rien. Je ne crois pas qu’un seul de mes amis africains : écrivains, poètes, sculpteurs, ressente l’art des masques ou des ancêtres, comme le sculpteur qui a créé ces figures. Je ne crois même pas qu’aucun d’entre nous, Européens, ressente les Rois du portail de Chartres comme le sculpteur qui les a créés.
Un art magique ou sacré, se crée dans un univers dont l’artiste n’est pas maître. Lorsque le monde sacré disparaît, il ne reste de ce qu’il fut, qu’une obscure communion ou une sympathie ; cette sympathie, au sens ethymologique, est très profonde dans l’Afrique entière. Mais les statues de Chartres qu’on appelait les Rois, et qui sont des saints, on les priait, on le admirait pas ; et les Africains qui sculptaient des masques se référaient à une vérité religieuse et non à une qualité esthétique.
Extrait de l’avant propos au catalogue du Musée de Dakar, Témoin de l’art nègre, Ed. NEA -Delroisse
Voir aussi dans Art nègre :
L’influence de l’art nègre
L’origine du terme nègre