
Peu à peu, le papier mâché s’exporte un peu partout dans le monde, pour arriver en Europe au 16ème siècle par des marchands portugais puis hollandais. Il s’étend : à l’Afrique du Nord au VIIIème S, à l’Espagne au XIème S, puis elle gagne l’Italie, la Norvège, la Russie, l’Allemagne, la France, les Etats-Unis…
C’était alors un matériau onéreux et peu répandu, et les objets ainsi créés et réalisés uniquement sur commande, étaient considérés comme luxueux et destinés uniquement à une clientèle aristocratique : coiffe de guerrier chinois, masque italien incrusté de pierres précieuses, coffre français nacré, plateau russe traditionnel, bougeoir indien orné de différents motifs…Une église a même été édifiée au XVIIème S, en Norvège, et a accueilli les fidèles durant 37 ans !
C’est au 19ème S, avec le développement de la presse et l’utilisation en masse du papier, que la technique du papier mâché a évolué pour devenir le matériau que l’on connaît aujourd’hui.
Invention maintenant universelle, il faut savoir que le papier mâché a connu de nombreuses modifications quant à sa composition : d’abord chiffons de chanvre et fibres de lin broyés au pilon, il a été ensuite mélangé à des écorces, des racines, des plantes … Devenu économique, il devient très vite populaire : on récupère les journaux, on les déchire, on les détrempe et on les mélange à de la colle, de l’amidon, de l’argile, de la farine… Ainsi, on réalise entre autre... nombre d’objets usuels et même des petits meubles, ou même des décors de théâtre ("décors de carton-pâte ").
Au milieu du XIXème S, le Second Empire sous Napoléon III et l’ère Victorienne en Angleterre,ont consacré en France,et dans toute l’Europe, le règne du papier mâché (ou carton bouilli).
En France Pierre "ADT" ouvre une usine à FORBACH en 1844 et, en 1857. Il s’associe avec ses frères sous l’appellation "ADT Frères". Ils se spécialisent plus particulièrement dans les objets et l’art de la table : plateaux, bonbonnières, rafraîchissoirs, corbeilles à pain , paniers à couverts, coffrets, etc... avec une importante production jusqu’au début du siècle.
L’Angleterre se détournait des lourds modèles Regency et cherchait des modèles rococo plus féminins, et l’idée de couler une pâte à papier additionnée de colle dans des moules est anglaise et date à peu près de I820. Joshua BETTRIDGE de BIRMINGHAM, le plus célèbre fabricant et marchand de meubles en papier mâché , travailla jusque vers 1850 et exporta dans le monde entier. Il meubla la plupart des grandes résidences du centre de l’Angleterre : Knowlsley Hall, Aston Hall ou Weston Park, entre autres, et était fournisseur patenté de la Reine Victoria. On trouve sa marque sur quelques unes de ses créations "Bettridge & Cie Makers Birmingham" ou "Jennens & Bettridge" et sur les serrures "PATENT V.R. (Victoria Régina) couronnés".
Les sièges et les petits meubles des fabricants anglais furent de grande qualité et arrivent jusqu’à nous encore en bon état : fauteuils gondoles, chaises basses à haut dossier, chaises légères à dossier ajouré, guéridons, jardinières, tables à ouvrage, plateaux,coffrets, écritoires, le tout décoré gaiement, peints de bouquets bucoliques ou de chinoiseries, avec incrustations de nacre (le "burgau" nacre irisée provenant principalement des Philippines et utilisée par les Chinois) avec rinceaux et arabesques d’or, sur fond noir vernis pour imiter la laque. Le papier mâché pouvait s’adapter aux formes les plus capricieuses et les plus étonnantes. Les meubles ainsi créés connurent un succès sans précédent dans cette nouvelle société de consommation européenne, éprise de luxe ostentatoire et de confort, qui vit le début des expositions universelles et des grands magasins aux catalogues illustrés.
Dans nos intérieurs contemporains, les meubles en papier mâché fleuris et nacrés, décoratifs et gais, donnent une note d’exotisme et d’originalité précieuse.
Mais le XXème S, fier de ses techniques et de ses matériaux modernes, va bouder, voire mépriser, pendant de nombreuses années, tout ce qui n’est ni plastique, ni métal, ni résolument nouveau ! Le papier mâché étant mis de côté au détriment de ces nouveaux matériaux...
De nos jours, au XXI ème S c’est surtout dans le domaine de l’art et toujours dans la création de décors de théâtre que le papier mâché est utilisé, car il est léger, malléable et en même temps incroyablement solide et parfaitement résistant à l’humidité une fois peint et vernis.
De plus, aujourd’hui, grâce à une certaine " conscience écologique " qui prône le recyclage, la halte au gaspillage et l’économie d’énergie, le papier mâché est jour après jour remis à l’honneur ; il semble même retrouver son prestige d’origine : œuvre d’art contemporaine - comme par exemple la série " Les Nanas" de Niki de Saint Phalle (1930-2002) réalisée à partir de 1963- Il s’expose dans des espaces urbains, apportant de véritables oeuvres d’art dans l’architecture ou est simplement objet " déco " très onéreux... il est partout !
En résumé, le papier mâché est une technique ancestrale, qui a su traverser le temps, les âges et s’adapter à toutes les modes pour exister encore à notre ère. Il a su être intemporel...
Article écrit par Vanille MB www.artdecow.com

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