Sans amalgame entre ces différents groupes, on pourrait dire que les partis politiques, les sectes, ou les religions participent de l’illusion groupale fondée sur le « moi idéal ». De même les membres d’un parti politique ont des idéaux politiques, mais ces derniers sont inscrits dans le champ du parti politique.
Il apparaît ainsi que Jean Nouvel est omniprésent dans les projets que l’agence réalise (le champ, sa manière de faire l’architecture), même s’il ne dessine pas forcément, car Il reste la condition d’existence ultime, le pivot, l’axe de l’agence, du groupe. A contrario Jean Nouvel ne pourrait pas maintenir sa visibilité, son niveau d’activité dans le débat architectural s’il n’avait pas son agence derrière lui. Il est clair que je ne peux pas construire la fondation quartier si je n’établis pas une relation de complicité avec celui qui la conçoit et la dirige, et cette complicité doit exister au niveau d’une équipe, d’une entreprise, d’un projet global. (16) Je m’efforcerai à démontrer l’omniprésence de Jean Nouvel dans ses projets (œuvres) dans les prochains paragraphes.
(15) Didier Anzieu, Le groupe et l’inconscient l’Imaginaire groupal, p. 77.
(16) Jean Baudrillard Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 118.
(17) wikipédia, http://fr.wikipedia.org, 2007.
(18) Jean Baudrillard, Les objets singuliers architecture et philosophie, p. 39.
L’œuvre, la référence, la marque, l’identité :
L’œuvre d'art demeure toujours une tentative d’ordonnance matérielle d'éléments a priori distincts. Matière et forme, conscience et inconscience, l’ordre que l'artiste met en place construit un système ouvert de correspondances, proche de la vie. Elle se situe aux frontières du conscient et de l’inconscient, cherche l’essence derrière l’apparence. Le vécu intérieur qui s’impose à l’artiste, cette nécessité de communiquer son expérience, se livre au moyen d’empreintes sensibles et suprasensibles recréées à partir de modèles intérieurs, modèles de la profondeur des êtres et des choses qui vont toucher des affects particuliers. Certains aspects esthétiques du phénomène, de l’apparent, sont donc plutôt confiés à notre esprit qu’à la raison. (17)
On peut en partie déterminer le statut d’une œuvre architecturale en faisant un parallèle avec l’œuvre d’art, le livre et la marque.
Prenons l’exemple de la marque Chanel qui a été créé par Coco Chanel, et qui est maintenant dessinée par Karl Lagarfeld. Si les vêtements de cette maison de couture créée par Coco Chanel étaient des œuvres on pourrait dire que karl lagarfeld est un copiste, ou un successeur approuvé (à la différence de la contrefaçon).
Ce qui différencie en partie une œuvre d’un objet quelconque, d’une marque, ou d’un vêtement Chanel c’est la singularité de cette œuvre et l’impossibilité du glissement de l’identité.
Une œuvre c’est une singularité, et toutes ces singularités peuvent créer des trous des interstices, des vides, etc.., dans le plein métastatique de la culture. (18) Une marque ne dit rien d’autre que ce qu’elle prétend être, qui se souci de l’auteur de NIKE, ADIDAS, ou autre, la marque acquiert sa propre identité.
A contrario on imagine mal un réalisateur réaliser des films et les signer Alfred Hitchcock, or tout comme Hitchcock Coco Chanel est décédée, Que deviendra AJN à la mort de jean Nouvel ?
L’architecture n’échappe pas forcément à la marque et au glissement d’identité, Jean Baudrillard et Jean Nouvel nous en donne un exemple lorsqu’ils citent le nom de l’architecte Kenzo Tange JB- Depuis cinq ou six ans, Kenzo Tange ne fait plus rien lui-même. Tu vois, c’est peut-être la dernière chose qu’il ait accepté…Il avait atteint le point ultime.
JN- Le nom des grands architectes devient quelquefois une marque. Et au nom de Kenzo Tange on continue à construire. (19)
En effet cet exemple est une preuve du glissement d’une identité sur un objet (la marque Tange associates qui a continuée son activité à la retraite de Kenzo Tange), Kenzo Tange avait pris sa retraite en 2002 et est mort à l’âge de 91 ans le 22mars 2005. Mais ce glissement d’identité est d’autant plus facile que le successeur de kenzo Tange n’est autre que son fils Paul Noritaka Tange.
L’omniprésence « médiatique » de jean Nouvel lorsqu’il présente les projets de son agence au public, ses publications, ses prises de positions politiques témoignent d’une identité, d’une singularité architecturale affirmée forte, qui fait obstacle au glissement de son nom vers une marque.
L’identité de l’auteur comme je l’évoquais précédemment implique la notion de référence qui revête différentes approches tel que l’empirisme inductionniste ou encore les démarches heuristiques issues des critiques de Popper à l’école de vienne. Popper refuse de n’accorder de sens qu’à des énoncés scientifiques reposant sur l’analyse.
(19) Jean Baudrillard Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 89.
(20) François Carel, Texte publié dans l’humanité, 30 mars 1999.
(21) François Carel, Texte publié dans l’humanité, 30 mars 1999.
(22) Jean Nouvel, Jean Nouvel 25 projets, Revue AMC hors série, 2001, p10.
Il affirme qu’aucune décision ne peut être déduite d’un énoncé de fait. Il prétend au contraire que l’esprit, doté d’une connaissance préalable, construit lui-même des observations qui sont ensuite comparées au problème posé. Ce courant de penser, accordant une plus large place aux « intuitions » qu’à l’analyse, a également donné lieu à une réflexion sur un modèle de conception architectural « le modèle d’apprentissage ». Ce modèle considère que la conception est le fruit de la confrontation du contexte (site, programme) et d’une image constituée intuitivement par le concepteur au préalable : image / formalisation / mise à l’épreuve/ conception.
Jean Nouvel se rapproche de ce deuxième type de référence, son rejet de l’historicisme, « l’hyper spécificité », la littéralité et la constance de son discours dans ses projets, sa vision de l’architecture comme la rencontre d’un contexte avec une idée ou un concept en font un architecte singulier et identifiable.
Jean Nouvel et les grands principes de sa théorie de l’architecture :
Jean Nouvel est un architecte polémique, politique, et la création de l’association AMIS association pour la mutation de l’île Seguin en donne un exemple signifiant.
Après l’annonce du départ de l’entreprise Renault de l’île Seguin pour Guyencourt les politiques de l’époques ce sont emparés du projet d’aménagement. Michel Rocard premier ministre à cette époque annonce que cette opération est une « opération d’intérêt national ».
Il demande alors un rapport à Jean Eudes Rouiller qui conseil de conserver la vocation industrielle de Billancourt, en développant un pôle de recherche et de formation aux hautes technologies, et de favoriser le logement social. (20) En septembre 1991, Edith Cresson se décharge de l’affaire "opération d’intérêt national" sur le ministre de l’Equipement, Paul Quilès. Jean-Pierre Morelon, avec le concours du paysagiste Alexandre Chemetov et de l’architecte Renzo Piano réalise alors un rapport validant les idées de Roullier. Il prévoit que l’île Seguin, transformée en cité scientifique, garde sa silhouette massive de paquebot, si particulière : question de trace et de mémoire... (21) Jusqu’à présent les intentions gouvernementales allaient dans le sens de ce que Jean Nouvel rêvait pour l’île Seguin.
Lorsque Morelon remet son rapport en 1993, le ministre de l’équipement a changé, Bernard Bosson nouveau ministre de l’équipement étiqueté UDF abandonne très vite l’idée "d’opération d’intérêt national" et charge les élus locaux de réaliser un "aménagement exemplaire". Le problème pour Jean Nouvel est que c’est aux amis politiques du ministre qu’a été confié le dossier, des amis politiques qui ne partagent pas forcément son point de vue.
Construire la ville requiert une vision, une culture, alors que les ateliers d’urbanisme campent sur l’idéal d’une fibre neutre, avec pour seule ambition d’être raisonnable. (22)
En 1991, les six communes entourant l’île Seguin créent un syndicat mixte chargé de l’élaboration du schéma directeur du Val de Seine. Le syndicat est dirigé par trois communes (Boulogne-Billancourt, Meudon et Issy-les-Moulineaux), avec la participation des conseils régional et général, plutôt à droite de l’échiquier politique.
Deux ans plus tard, Jean-Pierre Fourcade, maire UDF de Boulogne et président du syndicat mixte, relance la procédure avec les maires UDF de Meudon et d’Issy. En décembre 1996, le schéma directeur du Val de Seine passe en force et en 1997, les collectivités locales, Renault et la préfecture s’associent pour former un " groupe de travail " informel, qui se réunit et auditionne des architectes (dont Jean Nouvel) et en choisit trois (Paul Chemetov, Jean-Pierre Buffi et Bruno Fortier) chargés de travailler en concertation. Les trois architectes se voient imposer un postulat de base : les usines sont rasées sur Meudon, l’île Seguin et Boulogne ; l’important est " le renouveau des rapports centre-ville et fleuve " et " une conception de la ville comme paysages partagés ". Suite à cela, après une discrète présentation des trois projets à la population (450 avis d’habitants recueillis !), le syndicat du val de Seine adopte un " plan programme " d’urbanisme inspiré du projet Fortier et s’assure le contrôle exclusif des opérations d’aménagement. Fourcade a gagné son pari, il est seul maître à bord… (23)
(23) François Carel, Texte publié dans l’humanité, 30 mars 1999.
(24)Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 118-119.
(25)Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 35.
C’est à ce moment que l’un des traits de caractères de Jean Nouvel va se manifester, son ambiguïté. Lorsqu’il y a une synergie, une complicité (24) entre ses projets, ses idées et les différents acteurs (maîtres d’ouvrage, politiques et autres) il accepte les connivences. Or, toutes les grandes architectures se sont faites dans une complicité entre maître d’œuvre et maître d’ouvrage. (24)
N’ayant pas été retenu par le groupe de travail informel et n’ayant par conséquent aucun pouvoir sur cet aménagement qui va à l’encontre de ses intentions, Jean Nouvel déclare par une tribune dans le journal " le Monde ", intitulée Boulogne assassine Billancourt, la combativité de tous ceux qui ne peuvent se résigner à la disparition de l’usine et à l’extraordinaire tranche d’histoire sociale, industrielle et politique qu’elle représente.
Un « contre pouvoir » se forme au sein d’une Association pour la mutation de l’île Seguin (AMIS). Le vice-président de cette association est Jean-Louis Fournier, secrétaire général de la CGT métallurgie : "
La CGT s’est battue pendant des années pour empêcher la fermeture du site, il est normal qu’elle s’implique aujourd’hui pour empêcher la démolition. L’île Seguin est un lieu de mémoire collective qui a besoin d’être préservé dans sa configuration et inscrit dans une perspective d’avenir. "
Daniel Lacroix, ancien premier secrétaire du PCF de Billancourt, devenu directeur d’une société d’aménagement met Fournier et Nouvel en relation. Le 12 mars, les 80 personnes qui se réunissent pour créer l’AMIS savent qu’elles ont, entre autres, le soutien de Pierre Bourdieu, qui s’est fait représenter, et de Bernard Thibault.
Il y a des architectes, des étudiants, des syndicalistes, tous en accord avec Nouvel lorsqu’il scande que le temps des rénovations au bulldozer est révolu et qu’il demande " la prise en considération du monde ouvrier et de ses symboles ". Daniel Lacroix résume le sentiment général : " Nous voulons casser le mutisme autour de ce réaménagement. Il faut donner une ampleur nationale à ce dossier. "
Il est intéressant de noter que Jean Nouvel à travers cette association, ce contre pouvoir, a opéré un glissement total du débat architectural et urbain vers le débat politique, n’ayant plus aucun recours en tant qu’architecte ce contre pouvoir s’est associé à des personnalités de gauches.
Je crois que, par petites touches, on peut avoir l’éthique de rendre la situation à chaque fois plus positive après chaque intervention…C’est une esthétique de la révélation, une façon de prendre une partie du monde et de dire : Je me l’approprie et je la donne à voir d’une autre façon. (25) Cet exemple relève une multitude d’aspects du personnage Jean Nouvel, cette proportion à se positionner sur le plan politique concernant l’aménagement urbain, parce qu’il estime que l’urbanisation n’est pas ce qu’elle devrait être, contribue à la formation de l’icône Jean Nouvel. Ainsi comment pourrait-il d’une part, prendre de la distance par rapport à son agence et à ses projets (AJN l’incarnation de ses idées et idéaux) lorsque d’autre part il est identifié, visible comme architecte polémique géniteur et instigateur de ses concepts. On remarque encore ici la complexité du couple Jean Nouvel/ AJN (140 personnes).
Comme je le disais précédemment Jean Nouvel et AJN sont liés, il y a eu fusion symbiotique du groupe avec le leader, la condition ultime d’existence du groupe c’est J. Nouvel, inversement sans le groupe J. Nouvel n’aurait pas la visibilité qu’il a à l’heure actuelle.
Jean Nouvel a imprimé une si forte identité singulière dans sa manière de faire l’architecture, qu’à la disparition de ce dernier l’agence AJN se retrouvera dans la position de l’équipe de tournage sans son cinéaste (référence à Hitchcock cité plus haut).
(26)Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 16.
(27) Jean Baudrillard, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 23.
(28)Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 34.
(29) Jean Baudrillard Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 17.
Le contexte est aussi un élément caractéristique de cette prise de position et de la pratique de l’architecture qu’a Jean Nouvel.
Où pouvons-nous trouver un espace de liberté et un moyen de dépasser ces contraintes ?
En ce qui me concerne, Je l’ai cherché dans l’articulation de plusieurs choses, et en particulier dans la formulation d’une pensée préalable. (26)
Cette pensée préalable, le concept comme le nomme Jean Nouvel est le vecteur directeur (ce que j’ai appelé plus haut le champ du leader) et c’est ça la visibilité de l’auteur dans l’œuvre chez Jean Nouvel, la multitude de forme que peut prendre les projets d’AJN découle des grandes lignes de la théorie de l’architecture de Jean Nouvel.
Le choix du concept, c’est quelque chose qui doit entrer en conflit avec le contexte, avec toutes les significations (positives, fonctionnelles) que peuvent prendre un édifice, ou une théorie, ou n’importe quoi d’autre. (27)
La théorie de l’architecture de Jean Nouvel diffère des théories de l’architecture comme modèles pré établis (classicisme ou autres), cette pensée préalable singulière (contexte, hyper spécificité, singularité, analogie, métaphore, concept, littéralité) est une ligne directrice intellectuelle déclinable sous différentes formes physiques à l’infini.
Jean Nouvel oppose souvent contexte et histoire, nostalgie et historicisme, et ce place de cet manière comme un architecte contemporain en rupture avec l’architecture recette, il va même jusqu’à dire que tout ce qui est contre l’architecture il est pour au sens où l’architecture serait l’application de recettes préalables, de modèles pré-établis.
Vitruve c’est un livre de recettes, on te dit exactement comment construire un bâtiment…On te disait aussi comment faire les villes, on se servait de différentes typologies, on te donnait les recettes de l’art urbain. (28)
Jean Nouvel se trouve entre « nostalgie » et anticipation, il ne rejette pas l’histoire en bloque mais refuse la formolisation, il s’en sert comme point de départ pour la prospection. La seconde ambiguïté que l’on peut relevé chez Jean Nouvel est son goût pour le secret et la communication. De façon que la présentation, la communication de ses projets aux publics fait évènement et reste pour lui un privilège immuable. En effet dans ses projets il essaye de brouiller les pistes. J’essaie de créer un espace qui n’est pas lisible, un espace qui serait le prolongement mental de ce que l’on voit. Cet espace de séduction, cet espace virtuel de l’illusion, est fondé sur des stratégies précises, et sur des stratégies qui sont souvent elles-mêmes des détournements. (29)
Mais alors comment interpréter cette citation ? (troisième ambiguïté) Jean Nouvel est contre l’architecture recette (à la manière de Vitruve) cependant il nous dit que pour lui l’espace de séduction, l’espace virtuel de l’illusion, est fondé sur des stratégies précises. En somme c’est une recette mentale, directrice et conceptuelle.
Il compare sa manière de faire l’architecture au cinéma, il joue sur la séquence, les déplacements, la vitesse, la mémoire, l’illusion, la virtualité et la réalité, l’immatérialité. Selon lui l’architecture est une chose dont on prend conscience par l’oeil.
Pour le projet de la fondation cartier, J. Nouvel mélange volontairement dans le même plan image réelle et image virtuelle (reflets).
Si je regarde la façade, comme elle est plus grande que le bâtiment, je ne sais pas si je vois le reflet du ciel ou le ciel en transparence…Si ensuite je regarde l’arbre à travers les trois plans vitrés, je ne sais jamais si je vois l’arbre en transparence, devant, derrière, où le reflet de l’arbre. (30)
(30)Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 20.
(31)Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 114.
(32) Jean Nouvel, Jean Nouvel 25 projets, Revue AMC hors série, 2001,
p17.
(34)Jean Baudrillard Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 104.
(35)Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Villette, Calman-Lévy, 2000 p. 117.
L’illusion est ici traitée par un procédé technique (le plan en verre) et par une architecture.
Cependant en quoi cette formalisation de l’illusion diffère d’un ordre dorique chez Vitruve ? Tous deux renvoient à une pensée préalable, une interprétation, une littéralité.
Ces notions de contraste, d’enchaînement ou de prolongement sont des concepts fondamentaux et constitutifs du projet architectural pour Nouvel, ce sont également des procédés qui lui permettent d’interroger l’individu tout en gardant le « secret de polichinelle » du concept, de la théorie préalable qui elle, est récurrente et matricielle chez J. Nouvel.
Il faut toujours qu’il y ait des choses qui soient de l’ordre du non dit, et des choses dans lesquelles on se perd.
Cette hyper spécificité de J. Nouvel, cette contextualité, cette volonté d’être contemporain et prospectif le conduisent à des objets architecturaux singuliers, à des projets (différents des objets d’art) car inscrits dans des domaines beaucoup plus contraignants, paradoxalement souvent en rupture en conflit avec le contexte immédiat (typologie environnante), et évidement avec l’histoire (ex église de Sarlat).
Je ressens un besoin d’architecture polémique utilisant l’opposition, la contradiction, la provocation pour débusquer les monstres somnolents de l’habitude irréfléchie, du réglementaire aveugle, de la démission facile. (32)
La contradiction, la provocation sont des moyens connus pour attirer l’attention sur soi et obtenir la visibilité que l’on demande, le tout est d’avoir les arguments pour pouvoir supporter la lumière des projecteurs, en effet à ce degré de visibilité Jean Nouvel ne peut pas se permettre d’être en contradiction avec lui-même et par conséquent ne peut pas être en contradiction avec son agence AJN, car d’autres l’attendent au tournant afin de le décrédibiliser en cas d’incohérence, c’est le rôle de la critique.
La singularité selon J. Baudrillard dépasse toutes les interprétations que l’on peut faire de l’objet, il s’épuise et se résout en lui-même, il est littéral et nous absorbe littéralement.
Cette singularité doit faire événement, l’objet doit être autre chose que ce que l’on interprète de lui. Un même objet pourra répondre à toutes les fonctions qu’on lui assigne, il n’empêche que lui seul aura cette espèce de qualité en plus… (34)
Jean Nouvel est très sensibles à l’architecture évènement, et cette singularité du personnage ou des projets le rend autonome et hermétique à toutes références stylistiques.
Pour Jean Nouvel un style c’est une manière d’agir et non pas comme un vocabulaire préalablement spécifié, dont on se sert selon un code préalablement établi. Il est intéressé par la façon d’agir d’un style, ce qui a posé problème à certaines personnes qui se demandaient dans un premier temps : Mais que fait-il, celui là ? Quand la façon d’agir d’un architecte est identifiée, le moyen de reconnaissance que nous avons de son style l’est aussi. (35)
Le celui là témoigne de la fusion d’AJN avec J. Nouvel.
La littéralité entre le discours de Jean Nouvel et ses projets ainsi que sa singularité font que les conditions de la visibilité de l’auteur dans l’œuvre sont possibles et identifiables, ce qui n’est pas évident avec un architecte qui se revendiquerait d’un style initié par un autre architecte. Tu ne travailles pas avec un programme, tu travailles avec un récit. Ton programme, c’est ton récit. Ce récit véhicule des images comme un scénario. (36) J
J’étais parti du présupposé que Jean Nouvel avait pris du recul vis-à-vis de son agence mais au court de mon étude je me suis rendu compte que c’était bien plus compliqué que cela, c’est physiquement possible vu le nombre de projets sur lesquels l’agence travail, il est très difficile d’approfondir chaque projets (c’est le rôle des chefs d’équipes et des architectes). Cependant la visibilité de l’auteur dans l’œuvre chez Jean Nouvel, se traduit par ce qu’il appelle la pensée préalable (le champ de l’auteur), cette pensée préalable est présente dans les projets d’AJN et peut se matérialiser sous la forme d’une esquisse de projet.
(36) Paul Virilio, extrait de texte Jean Nouvel, Electa Moniteur, paris 1987.
La question de la visibilité de l’auteur dans l’œuvre, est une question profondément singulière et ne peut pas conduire à une réponse générale. Chaque auteur est singulier et renvoie à des domaines, des champs disciplinaires, des manières de faire vastes en parti constitutif de l’identité de l’auteur.
Bibliographie :
Didier Anzieu, Le groupe et l’inconscient l’Imaginaire groupal, Bordas, 1984, (Dunod 2éme ed. 1993).
Jean Baudrillard Jean Nouvel, Les objets singuliers architecture et philosophie, éditions de la Vilette, Calman-Lévy, 2000.
Jean Nouvel, Jean Nouvel 25 projets, Revue AMC hors série, 2001.
Christophes Dejours, Coopération et construction de l’identité en situation de travail, http://multitudes.samizdat.net/, mars 1993.
Gilles Deleuze, Nietzsche, extrait de texte, 1965.
François Carel, Texte publié dans l’humanité, 30 mars 1999.
Paul Virilio, Extrait de texte Jean Nouvel, Electa Moniteur, paris 1987.
FIN de l'article