vous êtes ici : aROOTS > LES TERRITOIRES DE L’INCERTITUDE

Cosa Mentale aROOTS NOTeBOOK
Cyberculture

LES TERRITOIRES DE L’INCERTITUDE

Un début d’inventaire



"...Il n’est pas de structures qui existent objectivement ; il n’est pas de territoire prédéterminé que nous puissions cartographier ; c’est l’acte même de cartographier qui crée les caractéristiques du territoire..."Fritjof Capra, in "The Web of life" - A new sythesis of mind and matter, Harper & Collins, 1996

***

"...Tracer une carte du territoire social qui émerge à l’heure actuelle est une nécessité morale et c’est à cette tâche que doivent s’employer humblement ceux qui produisent le savoir..." Alberto Melucci, in "Culture in gioco" - Differenze per convivere, Edizioni Il Saggiatore, 2000


DEFINITION____________________________

***

QUE SONT CES TERRITOIRES DE L’INCERTITUDE ?

Dans les territoires de l’incertitude s’opère actuellement la redéfinition de notre société et de son environnement en mutation vers un avenir aléatoire. Avec l’émergence récente de la cyber culture il nous faut regarder les édifices qui la ponctuent, pour en faire le relevé en forme d’inventaire, afin d’en garder les traces précises pour une mémoire du futur. Il s’agit de territoires frontaliers et interstitiels, qui font qu’il est difficile de décrypter en quoi le cyber espace fait ou pourra faire partie d’un patrimoine tangible.

- Frontaliers, parce qu’ils peuvent constituer les espaces physiques à la marge de notre société, où s’affrontent des problématiques dont on ne connaît pas tous les enjeux.
- Interstitiels, parce que ces problématiques occupent transversalement l’espace urbain. Ce sont des territoires vitaux qui au travers de stratégies, souvent intuitives expérimentent des usages de l’espace, des relations environnementales et sociales inédites, à mi-chemin entre les héritages du passé et les présages du futur.

A travers une approche sélective, donc non exhaustive, il conviendra de définir un mode d’appréhension et de compréhension de ces territoires et paysages humains qui représentent (justement par leur incertitude comprise comme indétermination et complexité potentielle) les limites concrètes échappant, pour la plupart, à la reconnaissance et leur valorisation éventuelle !

Quelle sociologie peut qualifier le cyberespace ? Quelle sociologie peut qualifier le cyberespace ?

VOCABULAIRE___________________________

****

- QUELS MOTS POUR REGARDER LA VILLE ?

De nombreux symptômes révèlent la période de transition qui fut la nôtre, (nous dirons le XX ème siècle). lls sont d’abord d’ordre linguistique : la faiblesse du vocabulaire pour parler de l’architectonique se heurte en effet à la complexité des espaces urbains contemporains. Nous utilisons encore des mots génériques, trop flous pour nommer et qualifier les questions spatiales, des mots incertains et redondants, incapables de saisir le véritable sens des lieux qui nous entourent.

Mais cela n’explique pas tout. Les façons dont nous représentons et concevons la dimension urbaine sont révélateurs de symptômes plus profonds qui tiennent à notre culture artistique, en France trop souvent négligée. Si nous nous y arrêtons, nous ressentons une nécessité encore plus vitale que celle d’un nouveau vocabulaire : il nous faut concevoir un nouveau modèle d’appréhension des phénomènes urbain. Le recours aux machines est désormais incontournable. Colonnes spirales ou neutrons .

TERRITOIRE____________________________

***

- QUI Y A T IL DERRIERE LE PRETENDU CHAOS ESTHETIQUE ?

Si nous tentons de voir "le temps dans l’espace", nous serons peut-être en mesure de comprendre que les territoires urbains contemporains rassemblent une multitude d’agissements individuels et non concomitants à l’intérieur de quelques mouvements physiques réguliers - distincts par le rythme, la durée, l’intensité, mais surtout en paraphrasant Edwards T. Hall « dans leurs dimensions cachées ». Chacun de ces mouvements réguliers se reproduit dans des espaces différents et éloignés, et révèle une organisation spécifique des relations sociales et des processus de prise de décision. Ainsi, derrière le chaos esthétique produit par la juxtaposition apparemment incongrue de bâtiments uniquement soucieux de leur écriture particulière, nous assistons à l’apparition d’un phénomène entièrement différent : le pouvoir excessif de quelques principes d’ordre. L’ordre spectaculaire marchand capitalistique celui qui régit l’édification des bâtiments de l’époque car comme le disait Henry Lefèvre « l’urbanisme c’est la projection au sol de mécanismes déterminés ! » Aujourd’hui nous pourrions dire la billgatesiation de la planète.

Les édifices à inventorier seront donc les attributs émergents de l’époque ainsi comprise. Leur décryptage contribuera à en garder mémoire. Avant que la virtualité du construit voir du non construit devienne la façon courante de faire ou à défaut, de regarder la ville.

INTERNET______________________________

****

- QUE SONT LES GEOGRAPHIES INTERACTIVES ?

Plus encore que d’avoir déterminé des modifications sensibles pour ce qui concerne la définition des projets architecturaux, la rapide expansion des outils électroniques (les différentes applications liées à l’utilisation de l’ordinateur) dans le milieu de l’architecture et de l’urbanisme, a déterminé l’implosion des limites disciplinaires, trop simplement assumées comme telles dans la période des années 70 et 80. L’usage diffus de l’Internet a encouragé la superposition des différents "territoires" qui s’entrelacent et sont mis en relation de façon incertaine et discontinue. Aux territoires réels de la ville et des paysages du monde actuel se connectent des territoires fictifs. Ils sont faits soit de réseaux et de relations entre différents sujets et propositions idéologiques et intellectuelles, soit des élaborations qui à partir des données réelles et manifestes des proximités, organisent des spéculations complexes , elles doublent la réalité par de nouveaux systèmes d’interprétation et de lecture. Inscrite dans les mémoires de silicium des ordinateurs, dans les câbles qui sillonnent la planète elles permettent la mise en réseau des connaissances. Une nouvelle géographie se construit, où, la notion d’auteur disparaît, substituée par une élaboration de spéculations intellectuelles collectives et partagées.

Les pixels historiques ! Ou comment imaginer une ville avec des pixels ?

Plutôt que de produire des théories ou des points de vue renfermés, les différents groupes et réseaux qui travaillent sur Internet fournissent des ostentations, quasi des machines, aptes à créer des narrations fragmentaires, imaginaires, vastes, ouvertes, capables d’intégrer les contributions et les déformations les plus différentes. Les frontières implosent, parce que les relations entre scientifiques, mathématiciens, architectes, web-designers, artistes, sociologues ne sont plus organisées de façon systématique. Elles s’inscrivent désormais horizontalement par rapport aux contenus et aux contributions provenant de lieux électroniques, virtuels, souvent disconnectés d’une relation directe avec les systèmes hiérarchiques. Elles contestent ainsi les rôles distribués d’une forme organisée.

Cyborg Architecte Cyborg Architecte ?

L’efficience de chaque sujet à l’intérieur de ce système est déterminée par la qualité et la quantité du travail et non plus par des cultures immuables et spécialisées d’origine. Le fruit de l’affirmation progressive de ce modèle d’organisation de la communication et du savoir, accru par la large diffusion des nouvelles technologies d’échange de l’information, résulte de l’affirmation progressive et diffuse d’un nouveau paradigme de recherche et d’investigation de la réalité urbaine. Ce nouveau mécanisme questionne la ville et le paysage constamment, il ne produit plus de modèles ni de formules. N’est ce pas mieux ainsi ? Car on sait aujourd’hui les pernicieux aspects facilement totalitaires de la prétendue objectivité. Dans tous les prototypes de la sélection nécessairement arbitraire à venir, nul n’est fixé, même pas pour un instant, mais tout est sujet aux modifications et aux changements qu’une touche sur le clavier ou le glissement de la souris pourront provoquer. A l’avenir desormais les "specialistes ou prfessionnels " de la ville devront produire des textes, des analyses, des comparaisons, des commentaires, des controverses, des images, des photographies, bref un e-inventaire. Mais il faudra surtout les rendre intelligibles dans leur complémentarité. Il est donc essentiel que les produits de l’inventaire à constituer s’expriment AUSSI de façon interactive sur le Web. Le procédé des liens hypertextes est donc indispensable. Nous sur aROOTS ne le concevons pas autrement.Nous le faisons déjà ! Le media que vous pratiquez en nous lisant est un début de cet inventaire. Les balbutiements qu’il met en ligne sont une modeste et lucide façon d’appréhender le cyber espace. Et comme il est infini nous savons que nos contributions sont d’infimes poussières d’étoiles... l’infiniment petit de cet infiniment grand.


En savoir plus sur l’auteur de ce texte LIRE

Les « avatars e-lustrations » de cet article proviennent de la navigation hyper-textuelle de l’auteur sur les réseaux virtuels du Web .


Sur les premières critiques de la cybernétique naissante :

INTERNATIONALE SITUATIONNISTE en 1964

Sur la Cyberarchitecture aujourd’hui :

KUBOS en 1997

Sur les enjeux esthétiques, politiques et culturels de l’Internet :

CONNEXIONS en 2002


VIILE :Le cahier du Monde Diplomatique et son regard socio-politique avec d’intéressants dossiers pour comprendre les enjeux de société des espaces urbains.



Lire d’autres articles de l’auteur sur aROOTS dans NOTeBOOK !




L’Internet est un trou !
Une évocation poétique du Web ... de di Cinarca
L’Internet est un trou !.doc
313 ko, 0 x 0 pixels
Mise en ligne le lundi 18 novembre 2002 par di Cinarca
vous êtes ici : aROOTS > LES TERRITOIRES DE L’INCERTITUDE