Qui est Guidu Antonietti di Cinarca ?
Pourquoi la réalité de notre monde aujourd’hui constellé de mégalopoles illisibles, cerné de banlieues incontournables, et sa cohorte de difficultés sociales, autorisent certains d’entre nous à esthétiser les cataclysmes spatiaux des Villes où nous vivons ? Comment peut-on prétendre signer aussi cyniquement un tel non-sens ? En s’octroyant de la sorte un statut d’Architecte artiste, on se défausse de son obligation sociale, on esquive ses responsabilités. Je suis un Artiste contemporain, je mets en forme les contradictions chaotiques de mon époque, ma production l’est aussi. Mes images de synthèse, mon cyberespace multimédiatise mon travail, un point c’est tout. Cette litanie est très en vogue en ce moment en milieu Architecte. Abandonnant ainsi aux techniciens et aux politiques le soin de résoudre les problèmes que posent l’aménagement urbain, les Architectes démissionnaires ne se les posent plus. Prenons pour preuve à cette assertion, l’exemple du logement social. N’était-il pas, dans les années soixante-dix, un champ fécond d’expérimentation architecturale : REX. PAN. PALULOS, etc... ? Depuis la fin des années quatre-vingt et de nos jours encore, il est désinvesti au profit de très rares commandes soi-disant, plus prestigieuses. Est-ce seulement parce que la production de ce type de construction est au point mort ? Ou bien est-ce parce que l’Architecte n’en peut plus d’accepter le compromis, ou bien qu’il cherche à s’exorciser d’en être accablé ? Hors de s’exposer, point de salut ?
Doit-on nécessairement pour s’insérer dans le champ prétendu réducteur du monde de la construction, jouer les comparses ? Doit-on s’entêter en vain à exercer son métier dans un climat d’incompréhension hostile ? Si cette vocation consiste à tenter de permettre aux humains de retrouver la sérénité de l’espace original, mythique, ne faut-il pas s’y essayer ? Destin messianique, damnation divine ? Peut-être ! Mais ne pas chercher un sens à son existence, ne pas donner de direction à son action, voilà ce qui fait l’artiste maudit, car sa vie ne vaut rien sans celles des autres. L’Architecte n’existe que par les autres ou il les méprise... Humaniste doué d’intelligence, héritier de la tradition du construire et porteur de perspectives, il ne peut se contenter de jouer le révélateur de son temps, il doit promouvoir le cadre de vies à venir. Ne le pas faire, c’est pire que de la faiblesse, c’est de la collaboration. Devant la société, l’Architecte est redevable. De ses choix concrets construits peut découler des comportements sociaux, des réactions en chaîne. Si nous inoculons la Sarcellite, il nous faudra prévenir les Vaulx-en-velin. Pour que le geste graphique devienne monde bâti, l’Architecture doit dépasser la simple création dessinée, même si ce n’est pas chose facile. C’est à ce carrefour là, tangible, que s’exerce en vrai le devoir de l’Architecte, n’en déplaise à certains ce n’est pas qu’un Artiste !
L’œuvre conçue par l’équipe qui l’élabore se manifeste au grand jour quand elle est la réponse aux attentes des usagers, quand elle dépasse et assume les conséquences de son acte, quand le temps légitime l’exactitude de sa conception. L’acte d’Architecture ne peut être gratuit, intemporel, son auteur doit au sein de l’équipe de réalisation poursuivre l’inconfortable tâche de faire valider ses motivations surtout parce qu’elles étaient en avance. Il faut bien projeter avant de réaliser. L’hypothèque du site, les tentations économiques, les enjeux politiques, bien d’autres paramètres concourent dès l’origine d’une opération à biaiser les cartes, à fausser les données. Le corps social, traduit mais parfois aussi trahi par ses politiques, par ses financiers, demeure toujours maître des programmes en dépit du supposé pouvoir de l’Architecte. Ses résultats mesurables, sont à la dimension de sa commande, elle est l’exact reflet des rapports de forces qui la sous-tendent. L’Architecture, l’Urbanisme sont la trace au sol d’une société déterminée, disait Henri Lefèvre.
L’Architecture alors engagée dans le labyrinthe voit surgir de toute part des sollicitations pernicieuses et n’émerge que désertée de son idée maîtresse, entachée d’équivoque, parfois même compromise de dégénérescence. L’Architecte drapé des attributs du créateur est souvent contraint d’abandonner ses prérogatives pour n’assurer qu’une mission de médiateur contrit. Dépossédé de son oeuvre, il n’est alors que le domestique d’un simulacre de l’Art. L’Art, d’implication devient appliqué à l’Architecture, il n’est plus que l’effet d’un décor plaqué. Cette volonté, ce désir des espaces de l’origine n’est à l’arrivée que vacuité qu’engendre l’acharnement des artifices, le tapage d’effets pyrotechniques. Si une Architecture réellement authentique n’appelle pas la plénitude, elle se fourvoie dans la compensation des fioritures. L’ornement est un crime disait Adolf Loos. Artistes irresponsables donc coupables devons-nous abandonner nos recherches en évacuant le doute pour errer dans un champ de certitudes arrogantes ? Ne devons-nous pas nous défier de nos idées reçues et raviver nos aspirations, ne devons-nous pas oser nos intuitions pour les vérifier, ne devons-nous pas proclamer notre éthique de la condition humaine ? Non cette aventure n’est pas solitaire, seul Dieu est seul, la conscience des problématiques que nous saurons poser fera émerger tôt ou tard, l’essentiel de notre mission : contribuer à un monde meilleur, comme tous ceux qui depuis tant d’années travaillent ardemment, dans le dénuement parfois même dans l’adversité.
Etre Architecte aujourd’hui, c’est être conscient de cela, c ’est en un mot résister !.

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VIILE :Le cahier du Monde Diplomatique et son regard socio-politique avec d’intéressants dossiers pour comprendre les enjeux de société des espaces urbains.
Les illustrations de cet article sont des photographies d’opération de logements sociaux réalisés à Aix en Provence entre 1997 et 2001 par ARCHIPEL ARCHITECTES ASSOCIES.
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