vous êtes ici : aROOTS > MARSEILLE

Culture aROOTS NOTeBOOK
Love Story

MARSEILLE

Un plaidoyer urbain d’Olivier MOREL


Proposé par Guidu Antonietti di Cinarca

Marseille accueillera peut être la prochaine coupe de l’America ... D’aucuns y voient l’occasion d’un renouveau de la citée phocéenne. Cela infirmera-t-il le pessimisme de l’auteur de ce texte ? Un jeune Architecte marseillais auquel les conditions d’exercices de son métier ne permirent pas d’exister comme il le souhaitait ... Il décidât de quitter ce monde... Cette publication est un hommage que nous voulons lui rendre.


Marseille, c’est d’abord la méditerranée, mère des civilisations, contre laquelle longtemps s’est blottie la ville, les yeux et le cœur rivés vers le large. Elle a enfanté bien des rêves de richesse et d’aventure mais ses humeurs changeantes ont engendré des drames aussi. Aujourd’hui encore notre Dame de la Garde, ce phare sanctuaire qui la surplombe en porte témoignage : et ce n’est plus que de son histoire dont Marseille s’enorgueilli. Les restes des ports romains nous rappellent les galères et trières à quai, dégorgeant leurs marchandises. Plus tard, affrétés par les échevins, les grands voiliers coureurs de mers et d’aventures sont venus déverser sur des quais toujours plus grands, épices et marchandises rares.

Aujourd’hui encore, en longeant le vieux port, on imagine les lourds navires à l’amarrage, le crissement des vergues sous la faible houle, les hurlements du transbordeur, les cris des vendeurs de poix, le parfum des huiles et du poisson sous le bruit de nos pas dans le mistral glacé. Le passé fascinant de cette belle endormie parle encore d’une gloire révolue. Marseille l’industrieuse porte de l’Afrique et des colonies dort d’un inquiétant sommeil. Ici les extrêmes s’amoncellent et s’opposent. César et Marius côtoient Borsalino, Vincent Scotto chante Colomba. Comme toutes les villes ports, siège de tous les trafics, elle n’en finit plus de trimbaler son folklore d’opérette. La réalité pourtant est à des centaines de miles de la galéjade provençale.

Marseille est une ville sinistrée. La fin des colonies, source de richesses, matières premières des industries a entraîné ce que tout le monde sait : un arrêt brutal de son développement. Des hectares de friches industrielles et de pâturages urbanisés à la hâte étirent des banlieues désœuvrées qui étouffent les noyaux villageois trop éloignés d’un centre encore vivant. Partout on peut lire les stigmates de cet élan brisé : des entrepôts abandonnés comme des cicatrices qui attestent d’une reconversion tardive, manquée. Les portes des colonies se sont refermées plongeant dans le désœuvrement toute une économie qui en dépendait. Les richesses désormais, viennent d’ailleurs et Marseille leur tourne le dos. Cette désolation qui rode procure la sensation que tout est à revoir, qu’il faut guetter un second souffle...

Oui, il faut reconsidérer les franges de la ville et revivifier le centre, plutôt que de créer des péricentres en tentant de les dynamiser économiquement. Il est indispensable de redonner leur identité aux quartiers périphériques, il est urgent de rééquilibrer les échanges entre le centre, lieu de loisirs et de consommation, et la banlieue où l’on habite en chômant. Mais redonner de l’identité à des lieux ne veut pas dire recourir à la pagnolade ; repeindre en ocre rose le magnifique bâtiment de Devin au Pharo ou les bandeaux du vieux port de Pouillon : voilà l’exemple même de l’erreur qui ridiculise la ville. La tentation obsessionnelle d’intégrer tout ce qui est construit en un ensemble pseudo uniforme, c’est-à-dire monotone, est un grossier travers de caricaturiste fabriquant des cartes postales pour les barbares du Nord.

En oubliant que la cité se construit par la lenteur de ses strates, et que sa qualité dépend du juste rapport que les pièces urbaines récentes entretiennent avec les plus anciennes, on fait de l’urbanisme, on s’arrange la conscience, quantifiant ainsi le vide. C’est parce qu’il y a trop de belles choses dans cette ville qui ne se livre pas, parce qu’elle est ensevelie sous un fatras d’intentions avortées, de faux pas malencontreux qu’il est temps d’y consacrer ses désirs qualitatifs !

Sa traîne derrière elle, comme une image de ce qu’elle devrait être mais qui n’est pas, nous procure l’étrange sensation qu’elle mérite mieux que ces défroques vulgaires dont trop souvent on l’affuble.


Marseille est une brune que trop souvent on néglige, et ne pas aimer une belle qui le demande est un pêché disait Zorba.

STAZECK Marseille en Noir et Blanc !

Marseille, CORBU sert de contre vérité en matière d’ARCHITECTURE

Marseille ou le mythe vacillant de l’intégration

Marseille : réseaux migrants transfrontaliers, place marchande et économie de bazar

Marseille, une drôle de cohérence...




Mise en ligne le mardi 29 avril 2003 par di Cinarca
vous êtes ici : aROOTS > MARSEILLE