Tokyo et les villes-poussière de l’Ouest américain, les échangeurs autoroutiers et leurs conurbations au pied des cathédrales, comme à la Major d’Espérandieu à Marseille , les zones du commerce de masse criblées de néons hurlants, le chaos urbain et les édifices flottants dans ces espaces informes seraient les machines à rêve de notre temps. Cette esthétisation du chaos et de la violence urbaine, corollaire du libéralisme sauvage et de l’inégalité sociale, va de pair avec l’absence d’Architecture de bâtiments techniques qui n’articulent nullement ce magma. L’esthétisation du chaos urbain est une idée séduisante de cinéaste, Vim Wenders par exemple. Ses outils sont les optiques grand angulaire, et les lumières d’entre chien et loup, sublimées par Robby Muller, son chef opérateur. On voit bien que l’éphémère d’un cadrage de cinéma pour perdant magnifique, est impertinent pour ce qui va de soi dans le quotidien de nos vies. Il faut plus d’épaisseur, plus de pérennité dans l’organisation de l’espace, plus de sens, afin de générer moins d’angoisse. Le chaos urbain est une image hétérogène, un discours informel, un impensé radical. Penser la ville moderne c’est savoir et chercher quelle est sa forme. Elle a plus à voir avec le collage qu’avec le chaos.
Le refus du contexte ("fuck the context" répète souvent Rem Koolhaas le Hollandais volant d’Euralille) indique bien que le dialogue, l’aller retour de la négociation, l’ancrage au passé, le refus de la table rase, qui sont d’essence démocratique et matière première de la fabrique des villes, sont exclus de la démarche. Le rejet autiste du contexte permet de faire l’économie de la composition urbaine, de l’effort d’intégration de paramètres contradictoires, de difficiles réglages successifs et négociés de la trame urbaine, d’imagination projectuelle quand il s’agit de concilier les données du réel. Pour les néo modernes cette position est toute de nostalgie, et située dans un non-sens. Pour eux concilier et respecter l’histoire et la modernité, l’urbanisme classique et les restes du mouvement moderne, alors que les normes de l’un et de l’autre sont obsolètes, relève du dérisoire. Il s’agit alors d’assumer le chaos et de l’utiliser comme machine poétique. Ne nous y trompons pas, ce n’est rien d’autre qu’une démission, qu’un coupable penchant pour la facilité.
OUI L’ESTHETISATION DU CHAOS EST UNE DEMISSION
Michel Antonietti
Prochainement , une autre aRCHI attitude...
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