Portrait : Jeune Architecte diplômé de l’école d’Architecture de Lyon, Pierre GROSMOND a été très rapidement sollicité par de nombreuses petites commandes dans des domaines aussi variés que le Design, l’agencement, l’aménagement paysagé, la réhabilitation, la construction de logements individuels ou la création de maisons de vacances... En cours d’installation dans la région Auvergne, il articule une partie de son travail autours de deux grands thèmes qui le passionnent : « l’ utilisation du paysage comme révélateur d’architecture et la réinterprétation contemporaine des usages et formes anciennes ». Actuellement, il est amené à travailler sur la moitié Sud de la France et vit dans le Puy de Dôme au bord d’un fleuve.
Le jardin est le véritable espace privé de la maison. Lieu de plaisance, lieu de promenade ou lieu de repos, Le jardin est un espace symbolique de la demeure humaine. Présent depuis fort longtemps dans toutes les cultures que ce soit à travers le jardin romain ou le jardin de Chine( qui chamboulent les perspectives et bouleversent les conventions occidentales). Le jardin, à travers le déploiement de la maison pavillonnaire perd toute sa valeur culturelle et symbolique.
Pierre, pourquoi avoir porté autant d’attention à l’espace extérieur de la maison, en l’occurrence le jardin ?
Après la rénovation des principaux bâtiments d’un ancien domaine agricole récemment acquis, un couple de collectionneurs de végétaux m’a contacté afin d’engager un processus de réflexion sur l’aménagement des abords de sa propriété, mis à mal par plusieurs décennies d’abandon. Quatre exigences étaient formulées : favoriser la contemplation et la promenade ; mettre en place les structures nécessaires à la pratique de loisirs aquatiques ; aménager des zones propices à la plantation, à l’intégration et à la culture de végétaux spécifiques ; travailler tous les aspects pratiques (accès, entretien...).

Ainsi, le statut du jardin évoluait : bardé de nouvelles fonctions répondant à un mode de vie fortement tourné vers l’extérieur, bénéficiant d’infrastructures apportant un confort d’utilisation comparable à celui de l’habitation, il devenait au même titre que cette dernière, un lieu de vie à part entière, bénéficiant des mêmes capacités d’investissement. Il se transformait alors en prolongement naturel de la maison.
Quels sont les éléments architecturaux avec lesquels vous avez composé ?
Ce site, caractérisé par sa pente, sa situation dominante, ses parcelles hétéroclites et ses nombreuses sources, exigeait, dans le cadre des doléances formulées par la maîtrise d’ouvrage, à être restructuré et organisé.
La ligne et le plan ont été les deux principaux éléments de composition. La ligne m’a permis de relier et de hiérarchiser les éléments entre eux, de domestiquer et de révéler la pente ; le plan, de transformer les ressources hydrologiques du site en élément fédérateur, de favoriser le jeu des vues et des interactions pour faire rentrer le jardin dans la dimension du paysage.
Sur le terrain, tout ceci se traduit par la création d’une circulation dans le fil de la pente reliant le parvis de la maison, point haut, à la terrasse la plus basse du relief. Elle est doublée sur son ensemble par un parcours d’eau composé de bassins se jetant les uns dans les autres. Il débute au point de convergence des sources alimentant les bassins, au cœur d’un jardinet intime coiffée d’une pergola, pour se terminer dans une vaste pièce d’eau, aquarium à ciel ouvert formant un belvédère surplombant les rives de l’Allier. Les bassins alimentés délimitent une succession de terrasses formant un jardin suspendu. Ces dernières sont reliées aux vergers situés de l’autre côté de la circulation principale par des passerelles transversales prolongeant des lignes de plantations d’arbres. Des murets d’accompagnement, supports des passerelles , mettent en valeur le croisement de ses trames de composition et introduisent le traitement général du sol du site. Le sol se métamorphose alors en une alternance de faibles talus et de terrasses étroites et herbeuses, formant un continuum encrant l’ensemble de la propriété sur un socle homogène.
Il semblerait que les éléments composant le jardin renferment d’une grande valeur métaphorique, à l’ instar des jardins chinois ? Pouvez-vous nous en dire plus sur ces métaphores ?
Les éléments métaphoriques sont principalement liés au parcours d’eau.
Ils créent des qualités symboliques fortes, participant à la nouvelle écriture de l’ histoire du jardin et à la mise en place de sa dimension d’appropriation et de son cadre mystique. Ils prennent leur source dans le paysage et l’histoire locale, font références à des situations ou des lieux ancrés dans la culture des propriétaires.
Dans la création de jardin, il y a généralement deux points de vue. Situez votre projet comme un projet allant de l’intérieur vers l’extérieur, c’est à dire de la maison vers la jardin ou l’inverse de la maison vers le jardin ?
Dans le cas présent, en relation avec le mode de vie des instigateurs du projet, le jardin est considéré comme le prolongement naturel de la maison. La colonisation d’une partie des extérieurs par les espaces du séjour, de la salle à manger et de la cuisine, illustre de façon plus convaincante cette idée majeure, fil conducteur pendant l’élaboration du projet.
En introduction, j’insistais sur la valeur symbolique et culturelle du jardin vu comme "mythe". Selon vous, quelle est la valeur symbolique actuelle du jardin, qu’est-ce qu’un jardin aujourd’hui ?
Le jardin reste la représentation effective d’un monde géré par et pour l’ homme, d’un monde issu de nos représentations culturelles.
Cependant, comme dans tous les projets sur lesquels j’ai été amené à travailler, espace extérieur et habitation sont devenus intimement liés. Leurs fonctions respectives se complètent, se mêlent, répondant en cela à de nouvelles exigences d’usages formulées par de nouveaux modes de vie orientés vers le loisir. Le jardin devient ainsi un nouvel espace d’expressions et d’activités où l’ornementation et la représentation ne tiennent plus les premiers rôles.
Procédez-vous par intuition ou suivez vous une démarche, une théorie, à l’instar des classiques ?
L’intuition peut être de mise dans certains cas, mais se trouve toujours relayée et légitimée par une démarche analytique et conceptuelle rigoureuse adaptée au contexte et aux questions posées.
Il est certain qu’un architecte ne dessinera pas des jardins comme le ferait un paysagiste. L’architecte qui fait des jardins n’a t’il pas tendance à surcharger la dimension architecturale par le jeu des matériaux et des formes au détriment d’une dimension paysagère souvent mise en valeur par le travail du végétal et des parcours ?
Je ne suis pas d’accord avec vous sur ce principe. Les méthodes de travail sont proches tout comme les préoccupations. Seule, notre méconnaissance du végétal nous différencie. Après tout est affaire de contexte et de culture.
Finalement dans votre projet, le jardin est-il espace public ou espace privé ?
Par essence, le jardin se différencie du parc par son échelle plus modeste et sa dimension privée. Dans le cas présent, on ne déroge pas à la règle ; Les tenants de sa légitimité appartiennent au domaine de l’intime.
Merci Pierre pour cette visite, bonne continuation, et j’espère que j’aurai de nouveau l’occasion de visiter votre belle région !
Photos et propos recueillis par Al Doman.
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