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Le thème de la pente en aRchitecture aROOTS NOTeBOOK

L’invention motivée de la pente

Alain DOUANGMANIVANH


L’invention motivée de la pente ou l’invention d’un problème en l’occurrence la pente dans la motivation de le résoudre et de le transformer. Ce qui au départ était un problème devient alors une qualité et un enrichissement. Pour certains, cela revient à dire que l’on peut aussi s’inventer la pente lorsqu’elle n’existe pas, pour l’utiliser, la mettre en valeur et la rendre "aRchitecture".

L’invention motivée d’une contrainte

Commencer par regarder la pente comme l’invention motivée d’une contrainte semble un bon point de départ. Cette idée de contrainte, de l’accident de terrain comme une donne architecturale, ne veut pas dire que l’architecture est induite par le site, qu’elle en est dépendante, au contraire c’est elle qui le crée.

La pente serait alors vue comme une contrainte de départ que l’architecture s’impose par une volonté de s’implanter dans des sites spectaculaires, imprenables.

La pente serait ainsi pensée comme une situation exceptionnelle, donnant prétexte à concevoir l’habitation autrement, à la construire spécialement, à déconstruire les modèles de l’habitat dit "classiques", et à jouer également sur les types d’implantation sur pente considérés à divers moments codifiés.

Elle sera le support de transformations de l’habitat, ou l’occasion pour inventer de nouvelles formes d’habiter, qui trouveront leurs fruits dans le projet architectural.

S’il y avait une figure de départ, ce serait celle de la découverte d’un prétendu problème (la pente), ce que nous nommerons l’invention motivée d’une contrainte.

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OMA, Rem Koolhaas
Villa D’allava, section

L’invention motivée de cette contrainte, la pente, est toujours appréhendée comme un agent favorable à la recherche, et nécessaire à la création (Les projets les plus riches et les plus intéressants répondent toujours à de fortes contraintes).

La conception de l’habitat sur pente commence ainsi avec la création de cette thématique comme sujet d’architecture et de projet urbain. Cela suppose dans un premier temps de trouver des règles simples, de décortiquer, de décomposer pour établir une petite grammaire de la pente, capable d’aboutir à des modèles complexes.

Une approche récente

Cette approche serait relativement récente, c’est pourquoi nous insistons sur sa modernité et sa contemporanéité.

Jusqu’au milieu du XIXème siècle, l’usage a été d’éviter la pente, à vrai dire une pente que l’on n’ a pas vue, peut-être pensée comme inhabitable et qui n’a donc pas été considérée comme "l’invention motivée d’une contrainte amenant un questionnement architectural".

On voyait surtout la pente comme un incident naturel, esquivé ou exploité sans interférer avec les lois régissant le projet. La pente est ainsi un propos moderne, par redoublement du travail architectural qu’elle occasionne au XIXème siècle et encore aujourd’hui dans son existence : les pentes maintenant isolent, individualisent, élargissent le domaine du citadin, favorisent les expositions et les vues.

La pente comme élément d’architecture

D’après les définitions, nous avons vus comment le terme pente pouvait impliquer d’autres termes tels que le mouvement , l’orientation, l’oblique...Le travail sur la pente en architecture ne se limite donc pas seulement à la pente du terrain. Elle peut alors être volontairement être créée de toutes pièces pour satisfaire à des envies architecturales. On parlera alors de la pente comme élément d’architecture à l’instar des murs, des portes ou des fenêtres.

La continuité spatiale

Lorsque Le Corbusier introduisait la rampe dans l’habitat, il voulait trouver un nouveau mode de liaison entre deux niveaux qui accentuerait la continuité spatiale. Ces rampes soulignent ainsi la continuité de l’intérieur vers l’extérieur, ou la continuité d’un étage à un autre et deviennent alors éléments d’architecture.

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Le Corbusier
La maison du docteur Curutchet

Depuis sa maison La roche à Auteuil(1924), Le Corbusier s’est toujours intéressé au problème de la rampe à l’intérieur de la maison. S’il dispose d’assez d’espace, il élimine l’escalier et aménage un passage presque insensible d’un étage à un autre. Par exemple, la rampe de la villa Savoye est formée de deux parties : l’une est située à l’intérieur de la maison et l’autre se poursuit à l’extérieur pour monter à la toiture-terrasse.

L’emploi de la rampe comme liaison entre différents plans horizontaux à l’extérieur comme à l’intérieur de la maison, se retrouvera ensuite jusque dans ses dernières constructions : le Capitole, la cour Suprême et les immeubles ministériels de Chandigarh ou le Visual Art Center de Harvard. Mais déjà dans ses églises du baroque tardif, Borromini fut très près de réaliser l’interpénétration des espaces intérieurs et extérieurs.

La conscience du mouvement

La pente dans ce sens est la mise en forme dynamique d’une ligne suivant laquelle on se déplace selon une expérience continue dans le temps. Selon Kévin Lynch, la pente apporte les qualités qui font prendre conscience à l’observateur de son propre mouvement, réel ou potentiel, grâce à la fois, aux sensations visuelles et kinesthésiques. Avec les pentes, les courbes, les interpénétrations font éprouver le parallaxe de mouvement et la perspective, maintiennent la constance de la direction ou du changement de direction ou rendent sensibles les intervalles de distance.

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MVRDV
L’intégration de la pente dans le cœur de l’entreprise, Villa VPRO, MVRDV, Hilversum, Hollande 1997

« Puisque c’est en mouvement qu’on ressent une ville, ces qualités sont fondamentales et partout où elle sont assez cohérentes pour que ce soit possible, elles sont utilisées pour la structuration et même l’identification. Les sens du toucher et de l’inertie interviennent dans cette perception du mouvement , mais c’est la vue qui semble prédominante. » Kévin Lynch, l’image de la cité.

La pente renforce aussi l’acte de parcourir. D’après Bergson, le mouvement ne se confond pas avec l’espace parcouru, qui représente le passé, alors que le mouvement est présent et définit l’acte de parcourir. Il rajoute « l’espace parcouru est divisible, et même infiniment divisible, alors que le mouvement est indivisible, ou ne se divise pas sans changer de nature à chaque division ». On peut trouver une illustration de ce propos de Bergson dans le célèbre « Nu descendant l’escalier » de Marcel Duchamp, où le mouvement est décomposé de façon mathématique, changeant ainsi de nature à chaque division, tout en étant imprégné de cette ambiguïté irrationnelle propre à l’art. Comment pourrait-on imaginer « nu descendant la pente » ? Il aurait été dans ce cas difficile de décomposer le mouvement, contrairement à l’escalier qui tend à le décomposer. Dans ce sens la pente joue un rôle important dans la continuité du mouvement.

La conscience du sol

La pente donnant au sol une configuration tout à fait particulière va impliquer l’architecte à s’intéresser davantage au sol et notamment à l’accroche, à la position et à l’implantation du bâti avec le sol. La pente vient donc sur ce fait renforcer la position de l’habitat entre terre et ciel. Elle donne en effet naissance à une limite, qui comme les grecs le concevaient déjà, est le lieu du commencement de la forme. Cette limite, la ligne de pente, détermine ainsi le caractère d’une forme tout à fait spécifique, qu’est l’habitat en pente.

Prochain épisode, l’oblique.



Mise en ligne le lundi 7 juillet 2003 par aROOTS
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