
CERTAINS S’INTERROGENT !
Qu’en est-il des "métapoles", ces gigantesques mégalopoles métastasées, "millionnaires en habitants", qui, selon François Ascher, « ...forment des zones discontinues, aux limites incertaines, hétérogènes, donnant lieu aux fragmentations spatiales et sociales... ». ?
Pour Bruno Fortier, « ...l’enjeu y est d’autant plus important qu’on assiste à un débat très violent entre les architectes "libertaires", qui prônent le minimum d’interventions et ceux qui estiment que la ville doit être pensée et ne pas devenir son propre acteur... Ces ultra-libertaires tiennent un discours "esthétisant". Pour eux, ce qui est intéressant, c’est la dissonance, l’assemblage hétéroclite d’édifices objets extraordinaires. Le chaos devient alors le personnage principal », précise-t-il.
Henri Gaudin, lui stigmatise les "ravages de l’ego" en ces termes « ...on peut parler d’un fossé qui se creuse de plus en plus entre ceux qui souffrent de la fracture sociale, de la solitude, de l’isolement, pour tout dire de l’exclusion et ces architectes qui ne cessent de la construire en théorisant la coupure, en érigeant leur "ego"... » affirme-t-il. « ...Ils prétendent que l’architecture existe en elle-même et pour elle-même, en construisant la maison sans secours de celle d’en face, sans souci des gens, des choses, des arbres, des nuages... », ajoute-t-il. « ...par un tour de passe-passe... » il souligne encore, qu’ « ...ils transforment leur asservissement à la productivité économique, leur insuffisance, leur pensée réductrice, en mouvement esthétique... en fait cette néo-avant-garde est le pur produit d’un libéralisme forcené qui détruit "l’être ensemble"... » conclu-t-il.
Bruno Fortier s’alarme de ce que cette pensée ait « ...une grande influence sur les étudiants en architecture... » et qu’ « ...il existe une mafia très unifiée autour de l’idée que la ville ne doit pas être pensée, mais livrée à elle-même...Or, la ville croît plus vite que la démographie. Elle s’installe dans la nature et l’abîme. Il faut d’urgence réfléchir à sa dimension géographique, élaborer la forme urbaine, concevoir pas forcément un projet purement architectural, minéral, mais travailler avec la lumière, le végétal. Voilà le défi de l’an 2000... » , estime-t-il.
Pour Henri Gaudin, cela peut se faire, « ...non pas avec de grands desseins, mais avec des projets ponctuels, parfois microscopiques, sans brutalité, où l’on couture, l’on suture, l’on rénove, comme l’ont fait Roland Castro, Antoine Grumbach pour ses mares et cascades de Belleville ,comme à Lorient où comme on le fait à Amiens... Il faut penser la ville, la maison, en terme de relations et non pas d’isolement. Etablir une relation de l’intérieur avec l’extérieur. Du bâti avec le non bâti. Construire un monde où les hommes se connaissent et se reconnaissent. Cela ne demande pas du génie, mais seulement du vouloir être ensemble", assure-t-il.
D’AUTRES ONT AGIT !

Dans les années 80, les socialistes, entraîné par Mitterrand qui prenait ses conseils auprès de Rolland Castro, décidèrent sous le poids de la crise économique et du chômage de bâtir de toutes pièces une politique de la ville. Elle devait permettre à la ville et à sa composante contemporaine : la banlieue, de passer sans trop d’encombres le siècle. On doit pèle mêle à cette politique, l’Opéra Bastille, le Grand Stade ( même si le choix a incombé à Balladur), la grande bibliothèque, le grand Louvre, plein d’autres choses encore ...
Force est de constater qu’aujourd’hui malgré tous ces efforts on est pas parvenu à infléchir la cour des choses. La mégalopole, n’en déplaise à Rem Koolhas, n’a plus grande fonction aujourd’hui et surtout, elle risque de perdre ses derniers attraits au cours des prochaines années. Passons sur le côté emploi qui a justifié jusque dans les années soixante les grandes concentrations urbaines, aujourd’hui ces grandes concentrations sont inutiles et surtout contre productives. Elles laissent une part importante des citoyens sur le bord de la route et pratiquent la réclusion dans des quartiers ghettos en concentrant tous les désespoirs humains. Avec les nouvelles technologies et le développement des services ces grandes concentrations n’ont théoriquement plus lieu d’être. En ce qui concerne l’accès à la culture et au savoir, le lieu central et distributif est lui aussi dépassé. Un bon moteur de recherche sur Internet permet en un simple clic d’accéder à des trésors de culture, et il n’y a guère que les associations de personnes âgées qui continuent à fréquenter les théâtres des grands boulevards.
La hausse du pouvoir d’achat et la demande croissante de confort condamnent les quartiers péris- urbains des grandes villes au déclin et à la clochardisation. A côté de ce déclin historique et politique des grandes villes qui croulent sous les problèmes sociaux, le désert français continue lui de progresser. Villages quasi abandonnés, petits commerces et régions en déshérence. Dans certaines régions les nouveaux habitants seraient une bénédiction alors que dans d’autres ils sont une malédiction. Ne nous en déplaise à nous, qui ne sommes qu’Architectes, la ville n’est pas comme nous aimerions qu’elle soit.
RIEN N’EST A REINVENTER ! REGARDONS LA VILLE HISTORIQUE !

La politique de la ville a surtout eu comme effet de retarder ce retour peut-être souhaitable vers les campagnes. Désormais cela n’est plus du tout à l’ordre du jour. Pourtant bons nombres de citadins, la majorité des habitants de la planète, y aspirent. D’autant qu’avec le développement des nouvelles technologies on peut penser que cela est envisageable. Proposons leur plutôt la ville historique, elle reste un modèle d’harmonie, qui peut-être peut demeurer éternellement viable si on y promeut les transports publics libres et gratuits pour tous. Venise et son vaporetto, Amsterdam et ses bicyclettes, Rome la ville éternelle font encore rêver les Architectes les plus "modernes" . Le rêve est une composante de leur discipline, ils l’offrent à leurs contemporains.
Ainsi, s’ils savent encore éventuellement dessiner la ville, la dessiner seulement, car se sont les groupements humains qui la font et la défont ; Il faut en finir avec l’inhumanité glacée de concepts inopérants qui s ’écroulent comme châteaux de cartes devant l’émotion procurée par l’harmonie des lieux : tels que la Piazza dell Pallio de Sienne, le parc Guell de Gaudi, les beaux espaces publiques de la capitale du Punjab de le Corbusier, le grand erg occidental ...Les exemples sont innombrables.
Bref ce " vide interne ", dont parle Lao Tseu... il faut le cultiver ... le développer ... Oui la culture des Architectes est en question. Il semblerait désormais qu’ils passent plus de temps à régler leurs logiciels qu’à parcourir le monde. Savoir comment est le monde pourtant devrait les renseigner sur ce qu’il ne devrait pas être. Faisons le donc !
A lire sur le Web : LES BOHEMES DU MENTAL de Jean Dominique Leccia, psychiatre , qui depuis plus de vingt ans, en Europe et au Québec, s’interroge sur le rôle que joue l’espace dans la production et l’expression de la souffrance psychologique. Un autre regard sur l’habiter dans les métropoles d’aujourd’hui.

L’urbanisme opérationnel fait ce qu’il peut. Ses limites sont l’urbanisme réglementaire, (POS/PLU ...) technique (Cahiers des charges techniques imposés par l’instrumentalité mécanique envahissante), financier (foncier, fiscal, équilibre budgetaire, participations anciennes et modernes, électoral (effet d’annonce, clientélisme), équipementier (tant de logements /tant de classes etc...) des flux multiples (assainissement, rues/routes et voies, sections, niveaux et pente des multiples conduites), socio-économique (si cela veut dire que des gens vont aller du point A où ils satisfont des besoins vitaux minimum -manger-dormir-etc... au point B où ils satisfont aux attentes sociales minimum -travailler-consommer- cet échange énergétique produisant une soulte nomée impôt sous différentes formes, justement consacrée à réaliser cet urbanisme qui va avec.
Oui dans nos villes il y a encore des vestiges d’autres équilibres, d’autres tensions vers d’autres aspirations, mais ce ne sont plus que des musées au mieux des faire-valoir, souvent des empecheur d’urbaniser carré.
Oui il y a eu des tentatives généreuses et imaginatives appuyées sur une recherche de sens, mais pas de succés économiquement viable.
Oui il y a des villages plus petits qu’on pourrait presque appeler des écomusées, qui font toujours recettes pendant les 5 semaines de congés.
Mais en dehors de cela, je crains de n’avoir jamais vu en France autre chose qui pourrait s’appeler urbanisme opérationnel.
Que veut donc dire efficient dans le titre en forme de question ?
L’urbanisme opérationnel est la réponse instrumentale faite à l’accélération de phénomènes non décidés, exigeant des réponses urgentes.
Le temps manque pour réfléchir, pour préparer, pour s’approprier, pour faire des expériences jusqu’à ce que, pour vivre dans un rythme qui offre toute sa place aux choix.
Au bout du compte tout le monde subit les résultats, qui fonctionnellement en général fonctionnent, qui économiquement en général coûtent, donc rapportent, qui techniquement en général tomberont en panne et seront remplacés etc...
Mais symboliquement, humainement, harmonieusement, et bien d’autres ..ement on n’a rien choisi avec notre conscience. Ne serait-ce que celle d’un élu.
Et en subissant, on n’apprend pas à choisir, et on renonce à notre liberté, sans que personne ait peut-être vraiment eu la volonté de nous la prendre.
Peut-être devrions-nous davantage apprendre à nos enfants non pas à savoir, mais à découvrir. C’est à dire enlever ce qui couvre, pour voir plus profond, plus loin, plus à coeur, plus chaud, plus secret.
Et ensuite à agir en cohérence avec ce que l’on observe, ce que l’on ressent, ce dont on a réellement besoin, en faisant alors clairement nos demandes sans violence, et négociables.
Pour revenir à l’urbanisme opérationnel dont on parle,
Il se pourrait que nos problèmes soient dans la méthode d’approche, c’est ce que je pense.
Eric DUSSIER
Architecte
ARCHISUD
1-05-04
Toulouse.
Je n’est rien n’a rajouter !
Si ce n’est de vous remercier pour votre contribution et ses constats lucides.
Voir en ligne : aRchiblog