par Guidu Antonietti di Cinarca
Dans une société en mutation rapide où les fonctionnements sociaux évoluent plus vite que les formes urbaines , le fonctionnalisme est-il encore d’actualité ? L’apparence de la ville échappe t-elle à la crise de la culture engendrée par la « révolution électronique » ? En est-elle la cause ou bien la conséquence ? On lira ici quelques éléments de réflexion.
Les historiens déterminent la naissance de l’histoire par l’apparition de l’écriture. Or l’écriture est naît dans la ville. Ville et écriture sont intimement liées, aujourd’hui on dit interactives . La naissance de la ville a introduit une rupture dans la lecture mythique de l’espace/temps cyclique. Désormais l’apparition d’un temps historique (linéaire, lisible par l’histoire ) nous ramène à la problématique de l’écriture. Pour les Architectes, faire de l’Architecture c’est tracer une inscription dans le tissu urbain, écrire dans la ville, sur la ville. La ville est un réseau, rien qu’un réseau. Penser la ville en réseau ne date pas d’Internet.
Les technocrates conçoivent la constitution de l’espace urbain à partir de phénomènes endogènes en s’inspirant toujours du zoning de Le Corbusier, ils présupposent des besoins fictifs suivant une logique mécaniste de planification fonctionnaliste. L’espace urbain pourtant est le résultat d’interactions multiples.
Certains Architectes, particulièrement ceux des différents courants de l’avant-garde du XXième siècle, ont tenté d’imposer un certain type de rationalité universalisante et inefficiente : (zup, zac, zppau, ect ) inspirée soit des modèles de la biologie organique, soit du structuralisme naissant, avec une dichotomie entre forme et fonction ; la forme renvoyant au signifiant, la fonction au signifié.
JEAN BAUDRILLARD dans "Pour une critique de l’économie politique du signe" ou dans "Le système des objets" ne s’était pas trompé en analysant l’esthétique du Bauhaus, des Productivistes russes et des Designers comme la résultante d’un système de codification sociale où les objets devenus signes d’identification s’inscrivaient dans une sémiologique urbaine. De l’objet signe, à l’interface des computers en réseaux il n’y avait qu’un pas.
La théorie des invariants du STRUCTURALISME est maintenant devenue invalide. Elle ne perdure encore que dans quelques manuels de grammaire ou d’analyse d’images de l’enseignement secondaire. N’importe quel net-surfer sait aujourd’hui qu’un réseau de réseaux n’est pas la somme de ses parties. KURT GÖDEL avec son paradoxe du menteur : (Tous les crétois sont des menteurs, c’est un crétois qui le dit...) nous réapprend à relire Descartes autrement.
La représentation de l’espace (la perspective monoculaire) à l’aide d’outils digitaux ne crée pas d’espaces virtuels , (espaces numériques sans significations propres), n’en déplaise aux étudiants Architectes de maintenant qui délaissent leur œil et leurs croquis au profit des logiciels .
Le numérique n’est que du réseau, et un réseau n’est pas phénoménologiquement perceptible par les sens. Seuls sa trace, ses signes, ses apparences sont discernables. L’expérience Platonicienne de la Caverne demeure inchangée. Aujourd’hui représenter un espace en 3D, à travers un écran s’inscrit encore dans un paradigme invariable depuis la Renaissance : figurer l’espace dans ses trois dimensions, tracer un perspectogramme avec un châssis quadrillé permettant de transposer l’objet cadré en dessin. Une pratique ancienne, quasiment immuable donc, mais avec un ordinateur
Ce que l’on appelé la post-modernité avant de gagner les sphères diverses de la philosophie, de la cyberculture, des sites Internet universitaires anglo-saxons, s’est d’abord déployée dans des projets d’Architecture.
Et quand il n’était plus possible de concevoir les espaces à vivre ( pas seulement à consommer ) à travers le parangon du fonctionnalisme, n’importe quelle forme pouvait s’adapter à n’importe quelle fonction. On quittait une perception linéaire de l’histoire avec ses coupures épistémologiques et l’Architecture retrouvait un sens. Tel est l’apport du postmodernisme que l’on revisitera bientôt, non sans faire la nécessaire critique de ses altérations stylistiques.
Les recherches de ADRIEN SINA développent une analogie entre le déploiement des formes urbaines à long terme avec les organismes vivants. Il en a tiré une théorie qu’il appelle "les fluctuations fugitives".
ERIC LOCICERO dans son projet " Matières / hyper matières, ou itinéraire d’une vache folle" conçoit le siège social d’une usine de textiles à partir d’une structure recouverte d’un textile sensible et réactif au vent changeant de couleur en fonction des phénomènes naturels . La cristallisation d’un visuel techno en interaction avec une cosmogonie. L’ interdépendance de l’ espace et du temps en quelque sorte . Une météorologie spatiale .
C’est probablement ce que traduisent aussi les performances d’ ATAU TANAKA et de STELARC. Partant tous deux du corps humain devenu interface, ils prolongent les recherches actuelles du MIT sur la numérisation du corps humain .
Si le ville comme le corps est un organisme vivant , les capteurs sociaux ne permettent pas d’en déduire forcement les développements futurs. Regarder le corps social avec une Webcam n’explique pas ses mécanismes .
La « révolution électronique » est une conséquence de la crise de la culture et non le contraire. La ville s’écrit avec les moyens contemporains de son époque ,mais ce ne sont que des moyens. La technologie est un instrument d’investigation , un placebo , ce n’est pas une thérapeutique . Ce sont les antagonismes sociaux qui inscrivent l’urbain . La pensée de HENRI LEFEBVRE poursuivant celle de ENGELS le démontra dans les années cinquante.
La grammaire générative d’un NOAM CHOMSKY et sa machine de traduction universelle des langues qui firent dépenser des millions de dollars au département d’Etat américain dans les années soixante, a échouée sur la problématique du caractère irrémédiable de l’INDEXICALITE, rendant impossible une telle entreprise. Ce caractère inéluctable a été mis en lumière par le linguiste-mathématicien israélien BAR HILLEL.
C’est déjà ce qu’entrevoyaient dans des sphères différentes MARSHALL MAC LUHAN et HANNAH ARENDT qui pourraient bien nous aider à ouvrir ce début de réflexion en commençant à énoncer la crise de la culture par une interrogation :
« La condition de l’homme moderne n’est elle pas marquée par la destruction potentielle de son œuvre propre , c’est-à-dire de la subjectivité d’ être , au profit d’un processus fabriqué qui finit par expulser l’homme de lui-même ? »
Guidu Antonietti sur le Web : G.AdC
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Ce texte est publié dans une version italienne dans la rubrique "Opinioni" de AntiTHeSi Giornale di Critica dell’Architettura partenaire transalplin de aROOTS sous le titre « La città e la sua scrittura digitale »
VIILE :Le cahier du Monde Diplomatique et son regard socio-politique avec d’intéressants dossiers pour comprendre les enjeux de société des espaces urbains.
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