
Dans la plaine parcourue de rivières permanentes, entre un plateau aride perforé comme une éponge formant un château d’eau et la berge septentrionale du lac, se dresse une sorte de sanctuaire. Il matérialise le point de confluence d’une multitude de canaux qui affluent. Sur la surface du lac, des gradins liquides découpant le reflet du ciel en plans successifs, dessinent un escalier de nuages. Emprunté dans le sens de la montée, il conduit à une source d’eau turbide qui déverse des paquets de vase, utiles pour toucher les fêlures prémonitoires des digues mal contreventées du barrage, là haut, en amont sur le cours nourricier du fleuve. Par simple gravité les eaux qui accourent vers le point le plus bas, au sud, débordent de l’enceinte de retenue et alimentent un second bassin. Cà et là quelques mamelons émergents, cernés de marécages forment une constellation de buttes, un archipel miniature sur la surface lisse du plan d’eau.
Si jusqu’à l’horizon ce réseau hydraulique sauvage reluit sous le soleil, c’est que dans cette région les dénivelés sont bien trop importants. Les eaux qui se perdent là-bas préparent l’envasement des contrées invisibles d’ici. Les dépôts qui s’y déversent doivent être immenses, car depuis bien longtemps déjà les alluvions charriées par les eaux déferlantes n’ont pas trouvé de remparts à leur mesure.
D’en haut vers en bas, l’eau toujours descend, c’est la loi de la gravité. En remontant vers la source, progressivement j’ai redécouvert le principe des cités hydrauliques qui fleurirent jadis dans les lits des fleuves. Amazone, Nil, Yang-Tseu-Kiang, vous avez engendré des villes, elles se sont enlisées.
Souvent encore je retrouve quelques fossiles dérisoires qui me parlent de vous...

"Le cercle des cités disparues"
GA/2003 aquatinte numérique originale

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