Design. Entre bricolage et sophistication, quatre projets légers destinés à accueillir des artistes en résidence à Hyères.
A la Villa Noailles, « petite maison intéressante à habiter dans le Midi » bâtie entre 1923 et 1933 à Hyères par Robert Mallet-Stevens, d’autres maisonnettes intéressantes risquent de pousser dans le jardin. Afin de pouvoir accueillir des artistes invités en résidence, des designers français ont imaginé des petits modules élémentaires de vie, en complicité avec un environnement riche en formes cubistes, en végétation méditerranéenne et en passé artistique.
En présentant les maquettes de ces futures cabanes, Jean-Pierre Blanc, animateur et programmateur de la Villa Noailles, a de la suite dans les idées. Il y a un an, une exposition consacrée à Jean Prouvé (1901-1984) préparait le terrain. De 1948 à 1958, l’ingénieur et designer métalliste de Nancy a posé sur la Côte d’Azur des villas démontables, celles de Saint-Clair, Beauvallon, Guerrevieille et La Croix-Valmer. Fabriquées industriellement en atelier, puis transportées par camion, ces maisons n’exigeaient qu’un assemblage très simple du verre, de l’acier et du bois.
Tranches de polystyrène. Ce n’est évidemment pas vissés à Prouvé que les designers explorent ici la petite construction. De leur côté, ils planchent de plus en plus sur un mobilier apparenté aux mini-architectures, qui rappellent cahutes, cases et berceaux. De la microstructure d’intérieur à l’architecture en extérieur, il n’y avait qu’un déplacement que certains testent aujourd’hui. Comme Ronan et Erwan Bouroullec. Les deux frères ont choisi d’arranger leur refuge à artiste avec des tranches de polystyrène. Un camion, du bois, des cordes, du scotch alu, une rallonge pour l’électricité, un tuyau pour l’eau, quelques jours de bonne volonté et ce boyau de 30 m2 serait monté ! Les Bouroullec se sont concentrés sur un matériau, le polystyrène, et des gestes simples, afin que tout bricoleur puisse s’approprier cette technique légère.
Dans la même logique, le duo Delo Lindo (Fabien Cagani et Laurent Matras) s’est aussi attaché au basique reproductible. Une structure en bois sur deux étages, du PVC blanc, du verre et un catalogue de référence, Lapeyre, pour les portes et les fenêtres. Ce cube aux dessins répétitifs peut s’ouvrir à tous les vents grâce à quatre portes de garage. Ils ont opté pour une « variation sur la banalité » pour « faire du non-standard avec du standard ».
Bel objet. A l’inverse, Christophe Pillet ne joue pas dans le pré du bricolage modeste. Son bel objet de verre, posé en porte-à-faux sur le rempart, fait évidemment penser à certaines icônes, telles les maisons de Mies Van der Rohe. Pillet propose « une expérience de vie à la Villa Noailles, dans un cube transparent très japonais, qui pourra se tamiser de stores, comme dans une caravane ouverte sur la verdure et la mer. » L’espace de 40 m2 est modulable, pouvant accueillir tantôt un tatami, tantôt une exposition d’artiste. « Ce n’est pas une architecture contre une architecture, mais une extension invisible. »
« Trois Petits Cochons. » La cabane la plus aboutie est celle des Radi Designers (Florence Doléac, Laurent Massaloux, Robert Stadler, Olivier Sidet). Tournée face à la Méditerranée, cette boîte de 20 m2 est posée sur le sol. Fermée, elle ressemble à la cabane en bois des Trois Petits Cochons : elle contient un lit, un bloc toilettes, une étagère et un coin cuisine. Elle se déploie grâce à une demi-coque reliée par une charnière montée sur roulettes. Ouverte, elle se transforme en paravent qui donne sur une terrasse en béton coloré. Elle invite alors le jardin à entrer dans cet espace. Les Radi ont travaillé avec un conseiller technique, l’architecte Guy Sroka, qui « a apprécié cette confrontation entre design et architecture » et leur a suggéré d’intégrer une gouttière dans la toiture. Là, les espaces intérieurs sont traités dans le détail. Son coût pourrait être chiffré autour de 30 5 00 euros.
Réalisables, ces cabanes ? Beaucoup d’ajustages techniques restent nécessaires pour une construction devant résister au mistral et se protéger du soleil. Mais ces épures sans délire, humbles, sont assez fidèles à l’esprit du lieu. Toutes évoquent la chambre de plein air du comte de Noailles, qui avait construit ici sa première cabane à siestes sur une des terrasses.

D'autres articles à voir :
19 mai 1929 - 19 mai 2005 : Bon anniversaire Mies !
André JOLLIVET : les ARCHITECTES sont des auteurs
ARCHITECTES MOBILISATION GENERALE
De la Décentralisation à la Solidarité et au Renouvellement Urbain
Des idées pour le World Trade Center ?
Des villes des oeuvres et des regards
Deux architectes pour les Courtillières
Gênes 2004, capitale mondiale de l’Architecture
Jean Nouvel ce héros
L’abolition du territoire
L’architecte et ses quatre équipes cassent le moule du logement social
L’Espace codifié de Adalberto LIBERA
Lyon confluence
Pierre Debeaux, architecte (1925-2001)
Pritzker Price : Glenn Murcutt
Six projets pour le site du World Trade Center
Une médaille d’or pour Diener and Diener
WORLD TRADE CENTER, les projets
Discuter de l'article Ma cabane à la Villa Noailles dans le Forum
Voir les contributions associées à Ma cabane à la Villa Noailles