Proposé par Guidu Antonietti di Cinarca
En ce début de troisième millénaire mégas-bytes-internet, l’opérateur Tiscali, le premier européen est insulaire et méditerranéen ! Il n’est donc pas trop tard (d’où nous parlons ), pour rajouter à la dissonance des définitions idéologies discours, des paroles supplémentaires susceptibles de faire la critique de ce qui les proscrit.
Sur le Web, aROOTS ne cesse de parler de la décomposition de la ville... La ville Méditerranéenne depuis l’antiquité reste pour nous un model loyal. Elle est toujours cet ambitieux chorus, cet immodeste défi, cette juxtaposition d’inventeurs qui en invoquent d’autres. Elle ne contient pourtant aucune nouveauté, elle réitère ce que depuis des siècles des êtres portent, le courage d’écrire dans ses espaces lumineux cette invariable banalité, ce baroud de flibustiers : la grégarité possible du tendre, le partage lucide de l’ART. Certains de ses Inventeurs modernes ont su dire cette tentative désespérée : faire se rejoindre deux terres éloignées par la mer, l’ART et l’AUTRE. Ils ont osé la traversée. Cet autre dialogue (*) de mots et d’images ci après est là pour nous le rappeler.
(*) apocryphe, posthume et imaginé par nous, faisant écho à un autre, ici même.
PARABOLE de Henri CIRIANI - Architecte

L’homme venait du sud. Il arriva au bord de la Méditerranée,
et sut qu’il avait trouvé le paradis. Il vivait nu. Ses désirs étaient comblés sans qu’il eut besoin de travailler. Mais cela ne lui suffisait pas. De nouvelles exigences montaient en lui. Il créa les dieux, voulut les honorer, les célébrer, connaître leur raison, leur donner des maisons. C’est ainsi qu’il inventa l’architecture.
Il rêva d’autres terres, et repartit vers le nord. Plus il avançait, plus il lui fallait travailler. Il lui fallait compenser toujours davantage les ingratitudes des terres hostiles. C’est ainsi qu’il oublia l’architecture. A force de travail, il découvrit la science ; avec la science, la puissance, et avec celle-ci, la richesse. Mais il gardait la nostalgie de la Méditerranée. Un jour, il y retourna. En fait, il ne savait plus recevoir ses bienfaits, et lorsqu’il voulut s’abriter, il construisit des serres.

AIX en PROVENCE de Fernand POUILLON - Architecte

Je viens aujourd’hui au cœur de la ville pour m’abriter.
Ce lieu privilégié se mue en monastère dont le cours Mirabeau serait la grande nef, les rues et les places le déambulatoire, les fontaines, les autels devant lesquels je pourrais me recueillir. Sous une pluie fine d’été, la ville s’habille de sombres reflets qui sont pour moi comme les voiles de deuil de mes espoirs déçus. Dans les reflets étincelants des eaux noires des fontaines, je retrouve enfin l’exaltation de mes promenades du passé : fantasmagorie des lumières crues des lampadaires sur les feuillages et la mousse vert acide des vasques... Je m’arrête pour regarder le bouillonnement des jets luminescents, la luisance des fers forgés et des bronzes. Je parcours le dédale des rues sur les trottoirs étroits qui cheminent par courbes imprévues et lignes brisées à travers les espaces où l’on peut lever les yeux et observer les portes vernies, les modénatures des frontons, les ombres fascinantes des ferronneries projetées sur les façades de pierre, les dures arêtes des chaînes d’angles, les éclats et les pénombres des lumières artificielles crues et dorées sur toutes les pierres sculptées, usées, pourries, moussues des niches, métopes, cannelures et cariatides, sur les persiennes qui paraissent à jamais fermées ou entrouvertes au-dessus des portes et des portails.

Le nez en l’air, je trébuche sur les dalles irrégulières, anxieux de revoir les salons de la ville aux plafonds sombres et étoilés, à travers les nuées qui menacent ce soir ceux de la place des Trois-Ormeaux, des Facultés et de la Cathédrale, des parvis de l’Archevêché et de l’Hôtel de ville, pour arriver à l’antichambre d’Albertas qui semble précéder la salle de réception d’un roi. Je débouche à nouveau sur le cours Mirabeau, à la fois nef de verdure avec ses bas-côtés, et Galerie des glaces, cette dernière à l’Italienne, baroque, en trompe-l’œil, comme si les feuillages métalliques d’un vert artificiel étaient peints. C’est là que je quitte la ville haute, dépasse la porte du Palais comtal et, par l’ancienne route d’Italie, qui fut sans doute la voie romaine, j’arrive au chevet de Saint Jean de Malte. Devant l’hôtel des Chevaliers, je retrouve autour de la minuscule fontaine les trois chants, chants de concorde et d’amitié : Dieu, les seigneurs et les hommes ordinaires se sont rejoints pour faire valoir leurs résidences. Avant de retrouver les boulevards, calmes maintenant, je m’arrête au lieu qui sera ma dernière station, la place des Quatre-Dauphins et du Quatre-Septembre. C’est là que j’ai voulu attendre le lever du jour en évoquant le passé dans la ville des souvenirs. J’avais renoué mes liens avec la cité qui m’appartient un peu pour l’avoir dessinée et décrite avec toute la passion de ma jeunesse.

PHOTOGRAPHIES de Michel ANTONIETTI - Architecte

J’avais vingt ans ou presque et je flottais dans la dérive des sentiments.
Je venais d’entrer à l’école d’Architecture, les maîtres l’avaient désertée à l’exception d’une femme sculpteur professeur de dessin, que j’appelle encore aujourd’hui Maître. ...J’aimais le jazz moderne, les photographies au Leica, et je croyais que seuls les architectes bâtissent les villes des hommes. Je courrais les librairies pour lire des livres d’architecture. Je n’en trouvais point, ce n’était pas dans la préoccupation des éditeurs. J’ai pensé alors que les villes étaient les livres que je ne trouvais pas. Les "MEMOIRES D’UN ARCHITECTE" sont venues à l’étalage des libraires. J’ai pour la première fois, lu le nom de Fernand Pouillon . L’ouvrage m’a obligé à chercher dans le dictionnaire, la signification du mot ordonnance. Il parlait aussi de beauté des proportions, de qualité technique de mise en œuvre, et de références explicites à une tradition classique comme dit Bernard Huet, d’intelligence constructive et de sens plastique comme dit Jean-Paul Louvet...
L’idée que les dessinateurs de l’agence, quand elle est inemployée, relèvent des ensembles urbains et des édifices, me fait encore rêver. Cette merveilleuse tâche, intéresse-t-elle toujours les dessinateurs-architectes. Au fait, où sont les dessinateurs ? Peut-être dans les agences de pub, ou chez les mécaniciens dociles, comme dit Guidu ! Cette exposition voudrait leur dire qu’ils ont peut-être tort.
Michel Antonietti est l’auteur des illustrations de cet article. Exceptés les portraits. Ce sont des photographies sur l’œuvre bâtie de Fernand Pouillon à Aix en Provence dans les années 50 dont il organisa une exposition en 1995. Les lignes ci dessus sont extraites du catalogue qu’il rédigeât.
* Illustration en tête d’article : L’entrée des carrières de pierres de Fontvieille que F.Pouillon utilisa pour construire ses bâtiments d’Aix en Provence. *
Lire aussi les "aRCHI attitudes" de Michel Antonietti sur aROOTS

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