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Entretiens sur L’aRchitecture aROOTS NOTeBOOK
Archétypes

Pour Fabienne MAGNAN la ville historique est un collage

Un bon collage vaut tellement mieux qu’un mauvais pastiche !


Le Patrimoine est une notion désormais incontournable. Si le projet Architectural doit avoir son équilibre propre, il doit également contribuer à la cohérence du quartier, au dessin de la ville... Il lui faut bien évidemment satisfaire au maximum au confort des utilisateurs en respectant, les surfaces normatives (souvent des carcans) , les équilibre économiques (souvent des déséquilibres), et fréquemment les ankyloses des MH (monuments historiques). En Italie cela est une endémie imprécatrice paraît-il. L’Architecture par référence à la construction de la ville peut-elle s’affranchir des proportions historiques ? Et si oui peut-elle ETRE, sans être assujettie à un quelconque pastiche ? aROOTS à brièvement demandé à Fabienne Magnan Architecte et historienne des Arts son point de vue sur Aix en Provence .

Guidu Antonietti di Cinarca


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aR : Tu vis et travailles Aix en Provence, une ville au passé historique important , une ville musée, quel est ton rapport au patrimoine dans cette ville ?

FM : Certes le passé a droit au respect mais le présent et le futur également. Le patrimoine Aixois est fort, c’est une chance ! Mais il paralyse ses habitants qui n’admettent pas la création, et oublient que ce qui est vieux aujourd’hui a été neuf hier, c’est un malheur ! Le quartier Mazarin a été en son temps une révolution, il devient aujourd’hui un boulet pour aller de l’avant, c’est un comble... Aix ne doit pas devenir un lieu de réflexion sur le passé et la nostalgie, Aix ne doit pas devenir une nouvelle Carcassonne. La ville est pleine de conservateurs (et tout le monde sait que les conservateurs sont très nocifs pour la santé... ne l’apprenons-nous pas quotidiennement à nos enfants ?) qui imposent aux constructions modernes un vocabulaire emprunté au passé et imaginent de ce fait avoir sauvé la ville ?

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aR : Les recommandations des gens des monuments historiques y ont elles un sens ?

FM : Hélas, l’affaire est plus subtile qu’il ne leur parait ! Une couverture tuile, un enduit rose, quelques pilastres, frontons et colonnes, s’ils satisfont la bonne conscience de certains de n’avoir pas dénaturé le site transforment cette ville en une énorme mascarade pour rois du pétrole. Les novateurs qui pourraient injecter un sang neuf dans cette capitale régionale, sont contraints d’aller oeuvrer ailleurs ou bien ils ne sont plus eux-mêmes lorsqu’ils projettent dans cette ville.

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aR : Comment tu caractériserais Aix ?

FM : Et bien je dirais, voyez la force du "collage" dans une ville comme Milan, c’est une ville qui vit, elle ! Un bon collage vaut tellement mieux qu’un mauvais pastiche. Aix devint mono culturelle, danger ! Tout le monde sait que l’on peut en mourir... Il y a encore quelques dizaines d’années, les Marseillais venaient à Aix se "cultiver", aujourd’hui les circuits sont inversés et Aix est en train de devenir un quartier résidentiel, (toujours très chic, je vous rassure...) de Marseille.

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aR : Une ville c’est quoi pour toi ?

FM : L’Architecture étant, nous l’avons appris à l’Ecole des Beaux-Arts, l’expression au sol du pouvoir en place, on est en droit de se demander comment la jeunesse, Aix est une ville étudiante, peut se reconnaître dans une ville comme celle-ci et par quelle sorte de pouvoir nous sommes dirigés.

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aR : Que voudrais tu dire aux responsables politiques d’Aix ?

FM : Décideurs, ayez l’audace et l’assurance de ne pas vous laisser intoxiquer par le passé de votre ville ! Assumez le collage. Ne faites pas de notre ville le faire valoir "distingué" de Marseille, elle mérite bien mieux que ça...

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Biographie de Fabienne MAGNAN


Fabienne MAGNAN est Architecte DPLG (Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts - UP6 Paris - 1975 sous la direction de Georges Candillis ), Historienne de l’Art (doctorat en Architecture contemporaine, sous la direction de Gérard Monnier ) , Architecte Conseil de Vauvenargues près d’Aix en Provence où elle a dirigé une recherche pour une Fondation Picasso dans le château, dernière demeure du peintre, et Conseillère de l’Ordre des Architectes de Provence Alpes Côte d’Azur depuis 2002.

Elle a créé l’agence Archipel Architectes Associés à Aix-en-Provence en 1975 ( avec Michel et Guidu Antonietti ) et y est en charge depuis sa création, de la prospective et de la gestion des réalisations. Elle y anime le studio de création-desing qui réalise du mobilier et des expositions pour la CCIMP : Chambre de Commerce et d’Industrie de Marseille Provence .

Elle coopère à des concours publics et exécute de nombreux de projets. Notamment en 2003 le concours international ITER pour le CEA de Cadarache. Depuis 1998 Elle conduit les études de conception et les travaux de réalisation de la nouvelle maternité de l’ Hôpital Saint Joseph de Marseille.


Photographies originales : Alain Douangmanivanh -dec.2003-, excepté portrait de FM : G.AdC

Sur le forum aROOTS Alain Douangmanivanh alias AL DOMAN écrivait le 5 Juin 2003 :

"Alors que je comparais deux photos prises l’une avec un numérique et l’autre avec mon argentique, quelque chose me turlupinait. L’image au numérique me semblait être parfaitement dans le temps, elle me montrait quelque chose que j’avais effectivement vu. L’image argentique, elle me montrait un temps légèrement décalé : quelque chose que je n’avais pas vu ou pas eu le temps de voir. Conclusion sur une hypothèse : L’homme ne voit pas tout et en général il arrive à voir 24 à 36 images par seconde avec confort, la prise de vue classique argentique permettrait d’être une fraction de seconde en décalage avec le temps vécu, ce fameux temps qui donne toute la splendeur des photographies des grands maîtres, le temps de la chance et de la magie.

Finalement je ne vais pas le vendre ce bon vieux Rollei..."

Il ne l’a pas vendu mais les photographies qu’il a réalisées pour cet interview sont numériques !

William Klein ou Gabriele Basilico peuvent être fiers de lui !




Mise en ligne le lundi 19 janvier 2004 par di Cinarca
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