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Critiques d’aRchitecture aROOTS NOTeBOOK
Se défier des idées reçues

Histoire tradition et modernité ?

L’ARCHITECTURE EST CONTINUITE !


par Guidu Antonietti di Cinarca

En Architecture, tout est contraintes et liberté. Les contraintes d’inventer et la liberté de ne pas faire, s’interpénètrent sans frontière. Un bâtiment c’est une occasion de signer l’époque, voire de l’infléchir à défaut de la transformer. C’est donc une pratique culturelle et presque rien d’autre.


Savoir technique suprêmement formulé


On en a l’intuition après le voyage d’Italie, au cœur de la Rome du Cavalier Bernin, rêvée par Antonioni et Visconti ; cela devient très évident après une visite aux trois sœurs cisterciennes de Provence ; on en est sûr au pied des cathédrales en île de France : l’Architecture, lorsqu’elle est au sommet de son expression, suscite une froide béatitude, un type d’émotion particulier, qui s’installe soudainement et, dans lequel la conscience d’un savoir, immensément mystérieux, semble entrer en conflit avec une tranquillité d’ordre mystique. L’essence de cette béatitude pourtant n’a rien de mystérieux, rien n’est particulièrement sorcier dans le grain très fin d’un travertin et la couleur saturée d’un ocre de chaux, ou dans la rudesse monastique d’un béton, posé sur un simple appareil de briques rouges. Mais tout est contenu dans ces agencements savants, sous tendus par une mise en oeuvre réellement très élaborée, très proche de préoccupations d’orfèvres. C’est cela peut-être qui relève de la magie : un savoir technique suprêmement formulé, vers quoi nous devons tendre.


Vers l’écriture de bâtiments sensibles


Pour l’Architecte, humble disciple des philosophes et des mathématiciens, la géométrie est une pratique quotidienne. Dilemme périlleux que de tenter de figer trois dimensions en un espace, avec comme seuls outils, deux dimensions seulement : le plan, l’élévation. Le bâtiment, une fois construit ne révèlera plus rien de sa lente et laborieuse élaboration. Plans, coupes, élévations, plus rien de ce qui était tracé sur la planche à dessins ne peut être vu par l’œil humain. Seul Dieu peut voir un plan, seul un passe-muraille peut voir une coupe, seul un observateur situé à l’infini peut voir une élévation ; tout ce travail de dessinateur finit par se perdre dans l’espace qu’il arpente enfin, accompagné de son utilisateur comme en un lieu qui n’est plus tout à fait le sien... Ce n’était qu’esquisse imparfaite, avec des lignes régulières, des volumes simples : cubes, cylindres, pyramides, solides platoniciens, scandés en une ordonnance. Comme les mathématiques, elle s’est élaborée sur des hésitations, des impasses, des modèles concurrents, des intuitions contradictoires, une tentative pour rapprocher des réalités hétérogènes, sans rapports logiques entre elles : le programme, la structure, les réseaux, les formes urbaines supposées, la réglementation, les coûts, les couleurs, les matériaux, les textures, la lumière... Elle cherche à découvrir et à révéler des rapports entre ces réalités éparses, en ce sens, elle s’apparente modestement, à une quête semblable à celle des mathématiciens : construire des systèmes cohérents... En d’autres termes, il s’agit de construire une réalité ordonnancée, qui devrait avoir un sens, une tangibilité, une harmonie, une pertinence. Cette démarche projectuelle, un peu comme les mathématiques, est une construction mentale, qui vise moins à une explication qu’à la réalisation matérielle d’un bâtiment sensible. Enfin, écrire un espace habitable fonctionnellement (la politesse de l’Architecte) et symboliquement (le devoir de l’Architecte), l’exact contraire d’un geste arbitraire.


L’architecture est l’Architecture


Elle doit provoquer l’imbrication d’un haut niveau d’abstraction et la présence sensuelle des mises en œuvre. Elle doit convoquer une coexistence forte entre ce qui est visible et ce qui l’est moins. Elle doit enfin inviter à développer les valeurs essentielles de sa discipline en ce qu’elle a de permanent dans sa vocation à servir les activités des hommes et les marques de leur culture .


UN EXEMPLE

LE CASTELLO DE RIVOLI DE JUVARA ET ANDREA BRUNO

Le centre d’art contemporain Luigi Pecci ou Castello de Rivoli, est un musée d’art moderne et contemporain à Turin dont Sylvio Berlusconi avec sa finesse, son élégance et la culture qu’on lui connaît a dit " Je remercie le ciel qu’il existe un lieu où se trouvent toutes les horreurs du XXème siècle. Il faut bien qu’il y ait une décharge, une infirmerie, des toilettes, dans la grande demeure de l’art. Pecci, avec le musée de Rivoli, s’occupe de l’art contemporain excrémentiel".

Laissé inachevé par JUVARA au XVIIIème siècle ce bâtiment historico-contemporain a été poursuivit par ANDREA BRUNO à partir de 1979.

VOIR EN LIGNE Le Castello

"La continuité entre l’ancien et le moderne ne peut s’opérer sans comprendre l’authenticité du site. Celle-ci se trouve dans la stratification des projets successifs réalisés par des bâtisseurs en cohérence avec la culture de leur époque. Se réapproprier ce lieu signifie en saisir les caractéristiques et les faire revivre au présent car ajouter et transformer est toujours possible."

Andrea Bruno


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Mise en ligne le mercredi 24 mars 2004 par di Cinarca
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