de Guidu Antonietti di Cinarca
"L’espace se constitue selon une économie précise des forces, des directions et des matières. Penser des images par le biais de la sensation : mélange de mouvement, de fixité et de fondu, instantané qui comporte ses propres transitions, qui ne fixe rien sinon un possible mouvement, sa direction, sa tendance, sa qualité dans le processus permanent des métamorphoses. Images à la fois précises et indéfinies. Précises dans leur indéfinition."
Daniel Jeanneteau
... La ville se perdait dans les luminescences du soir. Sous le ciel tremblant, la nuit répandait ses inquiétudes en moirures bleutées. La voiture, masse claire incertaine, dissimulait la route. Les virages resserrés à la hauteur du promontoire, contraignaient les moteurs des autos au surrégime. Le noir du zénith se délavait en bandes régulières, il se diluait en une infinité de bleu cendre. La réfraction des lumières urbaines se confondait avec le jaune opacifié par le tamis de la nuit largement avancée...

...Les collines au fond, frangées par les lueurs solaires agonisantes se détachaient encore. Le brouhaha de la ville, râle incessant avait des accents pénibles... L’horizon écrêté d’immeubles raides, miroirs aux facettes hâlées semblait un trait à la Chirico. La vie de la cité ralentie par l’affaiblissement de la lumière du jour s’embellissait de la rencontre de la nuit. Cette phosphorescence était une invention de peintre jaloux du souvenir des cités anonymes. Les hordes de somnambules revêtus de costumes factices, coiffés de têtes de chevaux d’échecs, se figeait sur la toile urbaine...

...Ici sur les hauteurs le chaos de la mégalopole surgissait comme une raffinerie de pétrole dans le hublot d’un avion. L’inclinaison de l’appareil amorçait une courbe pour atterrir dans l’axe de la piste. Il avait fait se dresser des ténèbres une cathédrale de lumière et d’acier. Il se laissait aller à cette contemplation effrayante et le temps ne s’arrêtait pas, il s’accélérait en une obsédante lenteur. Un rythme binaire continu comme la file des voitures qui ponctuaient de leurs feux la noirceur de la nuit absolue. Les éclats rouges des freins brouillaient l’auréole des lampadaires orange. Un camaïeu de rouge laissait deviner une artère principale...

Que faire pour désensabler les chefs d’œuvre enfouis, pour faire resurgir les cathédrales effondrées, raviver les couleurs déclinées. Le vent déposait du sable sur une lucidité jamais altérée. Il soufflait sans répit. Il façonnait une alcôve, une sorte d’impasse au bout des remparts au-dessus de la grève, Une plage sans fin, des fortifications qui ne faisaient pas reculer la terreur renaissante. A nouveau il se souvint que ces poussières éparpillées en recouvrant l’avenir avaient restitué un désert infini...
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