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Critiques d’aRchitecture aROOTS NOTeBOOK
D’Italie, Roma

Le réveil difficile de Giovanni d’AMBROSIO

Critiquer la critique d’Architecture


Sandro Lazier qui dit : "...La haute valeur éthique de l’art, expression suprême du langage, anéantit la fonction décorative et raye les catégories dites du "beau" et du laid". On ne peut les atteindre rationnellement sans risquer d’anéantir leur signification et leur efficacité. Tout l’Art du vingtième siècle fonde son rôle sur l’éthique. L’architecture en particulier en a fait son credo par une libération des préjugés dans l’expression du rationalisme critique ( En Italie : il Razionalismo ) . Si on oublie la profonde et passionnée sincérité de cette intention, on ne comprend pas seulement la modernité et notre condition actuelle, mais encore moins l’histoire en générale et l’histoire des Arts en particulier..." propose dans son site antiTHeSi giornale di critica dell’ architettura un texte de Giovanni d’AMBROSIO en forme de correspondance qu’il nous a amicalement aider a traduire pour les lecteurs de aROOTS, le voici dans son adaptation en français.

G.AdC


Un diverso risveglio

Cher Sandro, aujourd’hui c’est une journée magnifique : il y a plein de gens aimables, un ciel bleu et limpide. Je m’apprête à acheter les journaux et les magazines d’architecture qui accompagnent mes samedi matin. Après avoir feuilleté les premières pages, dépassé les habituelles publicités, les rendez-vous mondains de la semaine, les photographies des personnages attrayants du lobby milanais du design - qui on sévit pendant un demi siècle de conservatisme et provincialisme - je m’arrête sur quelques projets d’architecture que m’intriguent par leur force chromatique. Je les regarde attentivement, puis j’essaie d’en faire une lecture approfondie, je m’arrête vite, car cet exercice est une véritable soumission masochiste nuisible à mon samedi matin... Je m’explique. Les images qui m’avaient frappées sont toutes retouchées à l’ordinateur, elles sont des éclats de brillance multiples, des effets spéciaux d’architecture se reflétant dans un lac, dont le sable et les galets sont fictivement incrustés sur murs et plafonds. "Ah ! Si je pouvais faire quelque chose d’aussi sensationnel !" , - me dis - je en lecteur ignare aveuglé par la duperie. Mais qu’est ce donc qui me dérange ainsi au point d’en être aussi jalousement blessé ?

Sûrement pas les architectes auteurs des projets, qui, nécessairement sont enclin à monnayer leur production, en recourant aux verres réfléchissants et outrageusement colorisés . Pardonnons-leur ce désir de vendre leur bonne réalisation, et ces tentatives, illusoire sans doute, de gagner un prochain client. Ni même, les médias qui avec leur papier imprimé, chimères véritables, nous abreuvent de leur culture irréelle de l’image. Ils ont aussi leur propres motivations : une industrie à faire vivre. Nous les appelions avant, - respectueusement - revues d’Architecture, puis nous avons assisté à la naissance des magazines accrocheurs. Maintenant nous sommes devant des magazines soi-disant "renderisés". Inévitablement désormais, l’architecture aujourd’hui se lit s’achète et se vend dans la presse médiatique. Et bientôt presque exclusivement sur Internet.

Ceci dit, si nous comprenons les arguments des architectes et des medias, et si nous cherchons un peu plus à expliquer les raisons de nôtre désagréable perception, comment comprendre les raisons d’agir des pseudo critiques d’architecture ? Ils écrivent en se contentant de légender des belles photos en pensant être des critiques pertinents alors que leur argumentaire n’est bien souvent que "make up" éculé et ringard. J’aimerais tellement qu’ils aillent eux même voir les projets qu’ils présentent et mieux encore qu’ils les photographient sans se préoccuper de l’effet que produira l’image dans sa mise en page des magazines. Mais de comment l’image peut parler de vérité au lecteur de manière claire honnête et sans maquillages. Il n’y a pas à ma connaissance un seul critique Italien, qui crie à l’imposture devant une photo retouchée comme toutes celles des archistars de la dernière génération à qui on a enseigné à contrefaire l’image de l’architecture avec des couleurs saturées et d’improbables points de vue.

Je crois, mais c’est ma modeste opinion de "masochiste" que l’image truquée ou retouchée en architecture est comme une belle femme séduisante, avec laquelle on passe une merveilleuse soirée à l’éclairage des bougies, et dont on est sous le charme, mais quand on dort près d’elle il ne faut pas s’étonner si le réveil sous la lumière du soleil radieux du matin est un peu difficile. Il est alors trop tard pour se raviser.

Bonne chance à toute la critique architecturale italienne !

( * ) Ndlr : pas seulement Italienne, nous sommes en Europe !


A lire sur le Web :

Bio de Giovanni d’Ambrosio Architecte en italien

Interview de Giovanni d’Ambrosio en anglais

Les illustrations ci-dessus ont été fournies par G.d’Ambrosio




Mise en ligne le lundi 26 juillet 2004 par di Cinarca
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