par Arianna SDEI, envoyée spéciale aRoots à Venise
Nul n’est prophète en son pays... à beau mentir qui vient de loin ... Ces adages valent pour la Biennale de Venise 2004 . Arianna Sdei une jeune architecte italienne qui a travaillé en France nous envoie le compte rendu de sa visite à la plus prestigieuse rencontre internationale d’Architecture. Dont le thème pour cette 9 ième édition est METAMORPH. Un quiproquo, des hors sujets ? Parti pris, vison objective ? C’est toujours mieux ailleurs semble-t- il ! Selon elle, la France est toujours un pays où l’on fait de la réflexion sur la ville une discipline théorique salutaire.
Il est toujours aussi difficile de trouver des projets d’Architecture dans les jardins de la biennale. Certes on y rencontre des très belles photographies, des installations comme objets d’art, et des espaces de l’ordinaire recréés dans des espaces d’exposition. Tels le pavillons belge, qui a remporté cette année un Lion d’Or pour l’exhibition d’une recherche sur les villes de l’Afrique contemporaine, ou le pavillon des Etats-Unis, avec une sorte de métaphore de "l’acqua alta" à Venise.

Le pavillon japonais lui recrée l’espace d’un " comic market" dans Akihabara ce quartier de Tokyo qui a subi des bouleversements majeurs avec l’arrivée des magasins d’ordinateurs. C’est une sorte de figuration d’une cyber-pop culture japonaise.

Mais où sont donc cette expérimentation architecturale et cette recherche sur la ville ? Le pavillon français lui, tente cette démarche, et ose projeter une partie de ville en métamorphose permanente. N’est-ce pas le thème même de cette Biennale ci ?
Le pavillon français à la Biennale de Venise propose le thème de la ville durable, ou bien de la métamorphose de la ville dans le temps. Le sujet d’expérimentation est une partie de Paris très étudié pour ses caractéristiques. Il s’agit d’une zone au nord de la ville, de 144 hectares comprenant les communes de Paris, Aubervilliers et saint Denis. Il intègre l’autoroute A1, le canal St. Denis et le boulevard Périphérique. La recherche proposée est comme un jeu avec différents acteurs. Un jeu en trois parties, et chaque équipe ayant eut deux jours pour produire une maquette. Chaque maquette concerne un programme déterminé. Le trois projets sont en séquence : trois scénario, 2014, 2034, 2064 aux fins d’imaginer cette partie de la ville en 2089, vingt-cinq ans après son dessin. Une série d’interviews des acteurs, 15 architectes et paysagistes expliquent le travail.
En parallèle en séquence sur chaque scénario, Thomas Herzog, Peter Cook et Massimiliano Fuksas sont interviewés respectivement sur : la cité durable, prospectives ou utopies, la responsabilité des architectes. Le projet est une espèce de stratification des modifications successives. La recherche à pour objectif la prise en compte du temps pour créer un projet durable. C’est une idée originale et difficile à comprendre en première instance aussi. L’espace urbain en effet est un espace temps et il était pertinent de penser à une programmation sur du long terme pour projeter la ville. C’est le fruit des recherches patientes de Françoise Hélène Jourda pendant 25 ans. La totalité des informations données dans le pavillon est comme une sorte de complexe « brodo primordiale » avec stimuli continue. Le fait que la recherche est été réalisée en phases de deux jours chaque une, et dans une extratemporanéité toute théorique est une démarche parfaitement positive. Et même si le cas exposé est très spécifique la méthode peut être étendue ailleurs avec résultats. Un véritable recherche urbaine appliquée, en quelque sorte !



La stratégie d’approche à la ville présentée dans le pavillon hollandais, en revanche, est très différente de celle que nous venons d’expliquer. Les trois projets néerlandais concernent trois parties du territoire de Rotterdam, Utrecht et Maastricht. Ces trois propositions ne sont pas des expérimentations théoriques mais des projets réels. La grande différence qui les caractérise c’est la logique claire d’approche du territoire. Les trois indices sur chaque projet : EXISTING , TABULA RASA, BUILD OUT, expliquent parfaitement les trois phases d’un projet urbain. Il s’agit d’un simple et efficace raisonnement, d’une grande capacité à mettre en forme très concrètement une pensée.



Le mérite des propositions du pavillon français à la biennale de Venise pourrait se résumer en trois grandes qualités positives.
Premièrement, c’est un montage de plusieurs formes d’information, vidéo, maquettes, photos, audio, qui concerne une recherche sur le thème de la métamorphose de la ville.
Deuxièmement : la recherche se concrétise dans un cas spécifique.
Troisièmement : c’est un projet dans l’avenir.
Ces trois qualités sont de très grand intérêt, elles donnent de l’épaisseur à un travail complet et bien fait. Il reste à espérer que malgré tout il ne demeurera pas qu’une recherche, parce que la limite de ce type d’exercice c’est qu’il est théorique et sans application concrète immédiatement tangible Pour ceci l’opportunité hollandaise est significative : elle montre des cas très concrets et quelque fois déjà réalisés.
Le recherche et les idées seraient donc françaises et leur applications hollandaises ; La biennale de Venise, en Europe du sud est bien là pour servir de laboratoire à la fabrication de la ville de demain. Elle n’est donc pas que ce rendez-vous d’Architectes venues y oublier les pesanteurs de leur pratique quotidienne.
Arianna Sdei Architecte est née à Rome en 1976. Elle est diplômée de l’université “la Sapienza” de Rome en 2003 avec une thèse sur la gare Tuscolana.
En 2000 elle a intégré l’école d’architecture de Versailles et a entrepris un stage actif de six mois au sein du bureau d’étude AREP de Paris.
En 2004 elle projette des bâtiments d’habitation dans la région Romaine.
Elle contribue au journal de critique Architecturale en ligne AntiTHesi de Milan et participe à de nombreux débats sur la ville contemporaine et la recherche urbaine .
Elle est également la correspondante permanente de aROOTS en Italie .
A voir en ligne :
Le reportage de Channelbeta /Alessandro Crusco
Le reportage de desingboom en anglais
Des projets à l’Arsenal
Post-scriptum
Venezia biennale 1979 :
remember Aldo Rossi, Il Teatro del Mondo ... stuppendo... Ciao Aldo !
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