Faussement objective, la sensibilité d’Anna Toscano dit son regard et dévoile son âme : un regard qui filtre la lumière et transfigure la subjectivité des mots. L’objectif de ses appareils photographique souligne la solitude des villes en parcourant le monde sensuel de l’art. Auteur et Photographe, où vit-elle ? A Venise évidemment. En cette cité irréelle qui résume le rêve de tout Architecte : inventer une ville idéale, une ville qui n‘existe pas en somme... aROOTS a le plaisir de vous faire partager la quête attachante de cette talentueuse artiste.
ARRÊTER LE TEMPS
Correspondance de Angèle Paoli
Anna Toscano arpente les rues de sa ville (mais aussi celles d’Italie et d’ailleurs) pour tenter d’extraire, sous la médiocrité ordinaire des choses, les parcelles de beauté enfouies sous leur masque de poussière et de salissures.
Fascinée par les fenêtres, elle joue sur les reflets et les notions de limite, d’entre-deux, de seuils. Sa sensualité la conduit à capter dans son objectif des fragments de seins, de bras ou de mains. Et des bouches de statues, jointes dans la volupté d’un baiser. Sa poésie, indissociable de son regard de photographe, est une poésie de l’atomisation. De l’espace, du temps. Et des corps.
Anna Toscano jongle entre deux modes d’expression complémentaires. Photographie et poésie constituent les deux pôles majeurs de son inspiration. Substrats qui nourrissent les expositions auxquelles elle consacre son travail et son oeuvre.
Parmi ses dernières expositions photographiques, l’on peut retenir " Altrove" (" Ailleurs ", Trévise, mai 2002) et " Sguardi segreti sul mondo " (" Regards secrets sur le monde ", Milan, octobre 2004). Les intitulés qu’Anna Toscano donne à ces expositions sont un indice fort de la problématique qui hante l’artiste.
Constamment attentive à concilier poésie et photographie, Anna Toscano inaugurait le 27 janvier 2005 à Venise une exposition consacrée à ses photos sur les " Fenêtres ", série qui n’est pas sans rappeler les vagabondages de Wim Wenders. Le vernissage était suivi d’un " tournoi poétique ". En lice, deux poètes : Anna Toscano et Luisa Pianzola. Les deux femmes lisant à tour de rôle leurs propres textes. Chacune d’elles prêtant sa voix à sa propre création.
Une invitation au voyage en somme. Un voyage hors temps, une tentative d’arrêter le temps. De le cadrer et de l’encadrer (fenêtres ou sculptures fragmentées). Un voyage hors espace, dans un « quelque part » entre intérieur et extérieur qui conduit le spectateur à faire halte un moment sur le seuil. Tandis qu’alentour se poursuit le vertige du monde, et son tourbillon perpétuel. Voyage à contre-temps que celui que nous propose Anna Toscano. Un voyage paradoxal. Un sortilège lagunaire.
L’exposition des photographies d’Anna Toscano se poursuivra jusqu’au 27 février 2005.
Adresse de l’exposition :
Club Malvasia Vecchia
San Marco 2586
Venezia (vicino teatro la Fenice)
info@fortaya.com
téléphone 0412750999




















VENISE
Venise
limpide et glacée
se met en scène
immuable et sans hâte
se consume
comme les forfaits
qui gisent au foyer
du cœur
mais le gel de ce jour
fige les lézardes
sans que le sang
s’épanche
par chance
quelle chance
d’avoir un cœur
qui saigne
en silence
l’hiver
MA VIE
Ma vie prend fin ici
sur les marches
embrasées
de mon ombre
Anna Toscano, -Controsole-, Como, Lietocolle, 2004.
Traduction d’Angèle Paoli
©angèlepaoli

Née en 1970, Anna Toscano vit depuis de longues années à Venise, sa ville de prédilection. Docteur es-lettres, elle a soutenu une thèse sur le poète Attilio Bertolucci.( le père du cinéaste passionné d’Architecture Bernardo Bertolucci ). Photographe de profession, elle vient de publier le recueil poétique -Controsole- .
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