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Pritzker Price

Pritzker Price : Glenn Murcutt

Philippe Mathonnet


ARCHITECTURE. Ce prix récompense un personnage qui travaille seul mais dont les constructions dialoguent avec le paysage et les conditions atmosphériques, et avec une économie de moyens exemplaire. C’est aussi un coup de projecteur sur l’architecture australienne, quasiment ignorée en dehors de quelques bâtiments emblématiques : Murcutt a fait école en revalorisant les apports régionaux.

Considéré comme le Nobel d’architecture, le Prix Pritzker revient cette année à un personnage singulier : Glenn Murcutt, 66 ans, installé à Sydney. Le choix est éminemment sympathique. Après les très guindés et urbains Herzog et de Meuron en 2001, la nomination 2002 récompense un véritable gentleman-farmer. A l’architecture rationaliste des deux Bâlois, succède le « fonctionnalisme écologique » de l’Australien, un terme qu’il a lui-même forgé. La décision du jury a valeur de symbole. Cette désignation salue une architecture de terrain, respectueuse des conditions d’insertion et de leur analyse. Dans les années 1970, Glenn Murcutt a été influencé par la prise de conscience australienne des traditions régionales et de la culture aborigène. Et, s’il voyage passablement à travers le monde pour donner conférences et cours – il a notamment enseigné en Finlande en 1994 et au Danemark en 1999 ; sorte de reconnaissance envers Alvar Aalto –, Murcutt se veut avant tout Australien. Et n’a construit que dans son pays. Principalement des maisons familiales, mais aussi des musées d’histoire locale, des centres culturels ou communautaires.

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Ce qui fait que, hors des cercles de spécialistes, il n’est pas connu. En français, il n’y a que la monographie de Françoise Fromonot, Glenn Murcutt. Œuvres et projets, publiée chez Gallimard en 1995. En revanche, en Australie, il a fait école. Brit Andresen et Peter O’Gorman, Russell Hall, Drew Heath, Tone Wheeler, Gabriel Poole donnent l’impression – comme lui – de ne poser dans le paysage qu’un assemblage de vérandas, d’auvents, de claies et de parois ajourées. Et c’est précisément l’autre dimension symbolique de ce Prix Pritzker d’architecture 2002 que d’attirer l’attention sur une création architecturale australienne largement ignorée, hormis des bâtiments emblématiques comme l’Opéra de Sydney, les tours qui s’y adossent ou les constructions olympiques. Murcutt est le premier architecte australien à recevoir ce prix et le 26e depuis sa première remise en 1979.

Glenn Murcutt est né à Londres en 1936, au hasard d’un voyage de ses parents, mais a passé sa petite enfance en Nouvelle-Guinée, où son père, Arthur, est chercheur d’or et a construit de ses mains sa propre bicoque. De retour en Australie, après le déclenchement des hostilités par les Japonais, celui-ci devient promoteur et constructeur à Sydney et initie son fils aussi bien à la psychanalyse de Jung qu’à l’architecture moderniste de Mies van der Rohe. Glenn doit à son père de savoir prendre la mesure de toutes choses. A sa manière, c’est un artisan ; travaillant seul du projet à sa réalisation, cela depuis qu’il a fondé son bureau en 1969. Ce qui permet à J. Carter Brown, président du jury, de dire : « A une époque obsédée par la célébrité, par la volonté de briller des « starchitectes », appuyés par une large équipe et tout un système de relations publiques, notre lauréat détonne complètement. »

Mais cette manière permet à Murcutt de se pencher sur chaque cas en s’accordant le temps nécessaire. Ses croquis montrent à quel point il est attentif à l’ensoleillement, à l’orientation des vents, à la fréquence des pluies, à l’implantation de la végétation ; les ornant non sans humour de soleils rieurs et de nuages joufflus. Des composantes auxquelles il apporte des solutions simples. « Ses maisons, commente Bill Lacy, directeur exécutif du Prix, sont en accord avec le paysage et les conditions climatiques. Et du métal au bois, en passant par le verre, la pierre, la brique, elles recourent à une extrême variété de moyens mais avec un extrême souci de l’économie de la matière. »

Glenn Murcutt a, par exemple, un faible pour la tôle ondulée, qui étire les lignes. Ses bâtiments épousent les ondulations des landes ou, parmi les arbres, semblent avoir poussé avec eux. « Ils touchent la terre avec légèreté », lui ont dit des Aborigènes. Ils respirent avec elles. Des parois pivotent ou basculent. Et même quand les éléments se déchaînent, ses constructions s’en font les comparses. Il suffit de noter comment ses descentes d’eau pluviale complètent le cachet et l’harmonie de ses réalisations.

http://www.pritzkerprice.com



Mise en ligne le mardi 16 avril 2002 par aROOTS
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