DE L’AMBIGUITE EN ARCHITECTURE ?
La découverte émotionnelle des perfections formelles des édifices italiens des années trente explique-t-elle réellement les conditions de leur projétation ? Peut-on se satisfaire d’effets plastiques sans s’interroger sur le contexte de leur fabrication ?

De retour d’Italie, il nous faut retrouver raison. Rationalisme italien, euphémisme justement, voilà qui fait question ! Durant les terribles années vingt et trente les Architectes italiens se préoccupaient déjà des problèmes d’aménagement du territoire. Avant-garde donc ? L’urbanisme, intervention seulement technicienne au service de menées politiques lancées par un régime autoritaire ou transcription spatiale d’une propagande ? Aujourd’hui heureusement l’idéologie n’est plus, seules subsistent de fort belles réalisations ! En réalité, la politique urbaine appliquée dans la décennie qui suivie 1930, n’envisageait pas de problématique de développement futur des villes mais orchestrait des démolitions radicales et conquérait de nouvelles emprises foncières. Les plans d’aménagement devenaient en fait le plus efficace instrument de rationalisation de terrains du centre et des banlieues. Certes, on prévoyait l’expansion des villes mais de façon autoritaire et arbitraire ! Rationalisme donc ?
Evoquons deux exemples les plus représentatifs de l’aménagement du territoire dans ces années-là : l’assèchement des Marais Pontins au sud de Rome, et l’aménagement du Val d’Aoste par Adriano Olivetti, projet jamais réalisé. Ces deux initiatives, au demeurant généreuses, concernaient des régions sous-développées, les idées mises en œuvre étaient fort différentes voire opposées. Rationalisme donc ? La première à laquelle il manquait une vraie ligne directrice consacrait une intervention sur la campagne Pontine au jour le jour de façon non concertée. La rapidité avec laquelle s’édifiaient les centres nouveaux un peu à la façon de notre reconstruction résultait davantage d’une volonté de célébrer la nouvelle identité nationale que d’une vraie programmation réfléchie. Génération spontanée ? La deuxième pour le Val d’Aoste devait provenir d’une authentique réflexion théorique consécutive d’analyses précises de données économiques, sociologiques, morphologiques. Les lieux de travail, l’habitat devaient se réaliser suivant des dessins raffinés et des compositions abstraites, le Futurisme de Marinetti deviendrait style officiel, de nouveaux modèles formels s’assignant la tâche d’une réorganisation rationnelle du territoire. Cette politique ne vit jamais le jour. Bévue des idéologies ? Rome, pour le fascisme italien, n’était pas seulement le lieu géométrique de son pouvoir mais surtout la preuve tangible d’une continuité commencée par les Césars et poursuivie par le Duce. Durant les années trente la capitale s’inventa sans cesse de beaux habits neufs.
Autour de quartiers préexistants, on édifia des ensemble résidentiels sous le crayon de Adalberto Libéra. Les constructions nouvelles firent tache d’huile. Au cœur même de la ville on se livra à des destructions massives, d’immenses aménagements urbains modifièrent la cité des empereurs, de nouveaux bureaux de poste, de nouvelles administrations, mais surtout la construction de la Cité Universitaire sous la direction de Piaccenti ponctuèrent les nouveaux secteurs d’expansion. La réalisation du Forum Mussolini, les percements du Corso Rinascimento, de la Via della Consigliazione traça de nouvelles perspectives. Cette nouvelle définition urbaine s’organisa autour de deux grandes césures qui à partir de la Piazza Venezia délimita les axes majeurs du Plan d’Aménagement de 1931 : la Via dell’Impero dans la direction des Colli Albani, et la Via del Mare qui s’étire vers Osti. Cette nouvelle Rome fondée sur deux percées principales prétendait inscrire la Nouvelle Ville dans l’Ancienne. Originaire des milieux urbains mais soutenu par les potentats des campagnes, le fascisme, convergence d’une Italie largement rurale se rêva une capitale péplum. Rome se para de rhétorique petite bourgeoise dans un triomphalisme tapageur d’empire en carton pâte. Soixante années ont passé, de l’Italie d’avant-guerre, il nous reste quelques belles réalités formelles, ambiguës, méditerranéennes. Chaque époque génère ses arbitraires, les témoignages qu’elles nous lèguent avec le temps qui les vide de leur substance peut nous laisser un goût doux amer.
Terragni, Casa del Fascio
L’Architecture du régime italien de ces années-là était célébrative, impériale, elle matérialisait une volonté de grandiloquence. Ce style qui nous reste aujourd’hui avec ses surfaces nues et planes, ses angles droits pour ne pas dire raides, ce géomètrisme moraliste, cette esthétique de fidélité à un principe de rationalité était-il réellement l’expression d’une allégeance à l’ordre en train de s’établir ou bien un soubresaut de l’opposition concrète de modernistes critiques ? La Casa del Fascio de Terragni est-elle plus autoritaire que le Plan Voisin de Le Corbusier ?
Architecture, raison, passion, provocation, résolution ? Acte éminemment politique en tout cas ! Faire de l’Architecture, n’en déplaise à certains, c’est bien évidemment s’engager ! Impasse ou Avenue, le métier d’Architecte conduit nécessairement à édifier des murs ! Demain la minuscule Pyramide de Pei ou le grand Rosbif Bleu du CG13 (- conseil général des bouches du Rhône / architecte Alsop ) nous livreront-ils tous leurs secrets ?
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1/ Un site complet sur les tenants du futurisme italien
2/ Des images de l’art totalitaire
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