Chronique d’un stage de fin d’études de et par Denis POVEDA, devenu Architecte depuis.
proposée par Guidu Antonietti di Cinarca
La pluie martelait le trottoir alors que je m’engageais dans le passage Véronèse. Je découvrais en contrechamp l’agence, petite maison blanche se découpant sur le ciel gris et sombre, les mains moites et l’imperméable trempé, je poussais la porte, la prise de contact avec les membres de l’équipe fut rapide et amicale. Je fus entretenu des buts et attendus de l’agence par M. et G .A.d.C, les responsables du projet sur lequel je serais amené à collaborer. J’apprenais que l’équipe avait été retenue sur un concours. L’étude était déjà bien avancée mais pour le mois à venir, deux mains et une tête de plus ne seraient pas de trop. Le décor était planté.

Pour accélérer mon intégration à l’équipe et "rentrer dans le projet" on me confiait tous les éléments relatifs au programme établi par le maître de l’ouvrage ainsi que les premières ébauches, fruits du travail d’analyse et de projetation que l’équipe avait déjà conduite. En bref, tous les éléments nécessaires à la bonne compréhension du projet en cours. On m’offrait alors la liberté de choisir ma place, obéissant à quelques automatismes, j’optais pour celle à proximité d’un radiateur. L’objet de l’étude était un centre de recherche mathématiques, implanté dans une technopole près de Marseille, sur un site en devenir et s’articulant sur l’angle d’un rectangle virtuel. Le projet ne s’inscrivant pas en site urbain et les seules contraintes d’urbanisme étant celles définies par le POS, prospect en hauteur, limites. Il devait aller chercher sa sève nourricière dans sa raison d’être.
Peu à peu émergeait un parti fort, articulant des espaces hiérarchisés se développant en une spirale dynamique trouvant son origine au sein de la source du savoir, siège de la mémoire collective : la banque de données, la bibliothèque. Son implantation dans ce que l’on pourrait appeler un non-lieu a orienté l’équipe vers un objet minéral, tirant sa puissance de la terre, accroché à la pente, opposé à cette Architecture high-tech auquel sa vocation scientifique semblait le prédestiner trop facilement. Le bâtiment affiche sans les copier les références dont il se nourrit, le Corbusier, Louis Khan...
La première tâche que l’on me confiait fut de résoudre un problème particulier : l’étude d’un traitement d’angle pour lequel on me donnait carte blanche, pour voir... Le travail sur l’angle est un thème essentiel dans l’histoire de l’Architecture. L’angle est le point de tension de la façade, l’arrête sur laquelle elle se retourne, marquant à la fois une nécessaire continuité mais aussi la transition entre deux logiques d’exposition et de perception. Le principe de base que j’adoptais est simple, la solution serait celle qui permettrait de gérer le passage d’une façade sur l’autre et les raccordements de toitures en renfonçant l’homogénéité du projet et en affirmant l’image hélicoïdale, de la manière la plus simple et la plus évidente possible.
Il m’est ensuite difficile de détailler la somme des aspects du projet sur lesquels j’ai pu travailler car ce serait considérer celui-ci comme une addition de points particuliers dont tel ou tel revendiquerait la paternité. Au contraire, chaque élément, chaque proposition furent examinés et expérimentés pour juger de leur validité. Les responsables du projet loin de jouer les censeurs ont fait preuve d’une grande ouverture d’esprit tout en veillant à ce que ce même projet ne soit pas dévié de sa ligne directrice.

La liberté dont j’ai joui dans mon travail et la responsabilité qui en découle furent pour moi hautement pédagogiques. Il en fut de même pour l’exécution des panneaux de présentation. Le choix du type de rendu est un élément de stratégie non négligeable, même si, à l’évidence un concours ne se gagne pas uniquement sur une belle planche, trop séduisant, il peut inciter un jury soupçonneux à trouver la mariée trop belle, à supposer que l’habileté graphique ne cache quelque faiblesse conceptuelle, pas assez accrocheur il peut dévaloriser le travail de l’équipe. Le rendu est un outil de communication, pas seulement destiné à mettre en valeur le projet mais à en facilité la lecture. C’est là que l’expérience de vieux routards compte plus que jamais. Il faut savoir à qui l’on parle et quel langage adopter. Les pannets furent terminés et déposés en temps et en heure.
Ce concours nous l’avons perdu.

Depuis nous en avons présenté beaucoup d’autres et gagnés très peu. Exactement un seul. Puis un peu avant Noël, Valentin est né.
C’est mon plus beau projet !
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