Par Monique REYRE Architecte Urbaniste de l’Etat

Les conseils ne suffisent pas ! Il faut une volonté politique...
Y aurait-il aujourd’hui un antagonisme entre la notion d’urbanisme et la notion de commerce ? Témoin la modification subtile de la terminologie législative, qui a transformé, la Commission départementale d’urbanisme commercial en Commission départementale d’équipement Commercial. Ce changement de vocable, s’il "rend mieux compte de la réalité de la fonction", ne constitue pas moins dans le même temps la reconnaissance d’une certaine faillite, voire d’une faillite certaine de la responsabilité publique dans la maîtrise du rapport ville/commerce.
Tous les partenaires s’accordent à dire qu’il est à l’origine de la création de la ville et de l’évolution urbaine. Nous nous trouvons aujourd’hui en Europe devant une problématique nouvelle et grave. Les nouvelles pratiques commerciales, importées des Etats-Unis au début des années soixante, privilégient l’initiative privée et le libéralisme total dans une perspective de profit maximum. En quelques vingt années on a modifié massivement non seulement l’aspect, mais également les grands équilibres urbains, ce qui menace de parcellisation, d’explosion, la ville traditionnelle, dont le centre est vidé de son contenu, privé de la mixité, de la variété, et du commerce quotidien, qui contribuent activement au maintien en place de la population.

L’analyse strictement économique tend à déterminer la surface commerciale maximum en fonction de l’aire de chalandise, de la qualité, de la population et de son budget. Très vite, les aménageurs se sont trouvés confrontés au problème de la qualité architecturale et urbaine de ce genre de "quartiers" (pour ne pas dire "zone"), et, les exigences de la clientèle aidant, les promoteurs ont du faire un effort dans ce sens mais bien modeste. Dans le meilleurs des cas, un habillage de façades homogénéisant le tout, à l’exemple de Nîmes, ne résout pas la question de la perte de sens, seule, subsiste la notion d’acheter le plus possible. La période de récession que nous traversons a produit un comportement critique et sélectif de la clientèle.
Résultats :
Investissements moindres pour les promoteurs, voire nuls, distributeurs et aménageurs assument seuls l’interface.
Analyse fine du marché pour le distributeur, qui doit supporter seul l’investissement, et le poids des frais financiers.

La décadence précipitée des centre-villes, liée à la disparition des petits commerces de proximité et à la spécialisation en commerce de luxe, est bien plus préoccupante pour nos dirigeants que l’aspect esthétique sur le territoire. Le commerce n’est plus tout à fait considéré comme une panacée mais comme un équipement indispensable à toute vie urbaine. Pour cela, le ferment commercial est toujours préconisé là où l’urbanité n’a pas lieu. Il en est ainsi dans les zones des Développements Sociaux des Quartiers, ou les Grands Projets Urbains.

Les périphéries de ville étant saturées, les élus recherchent un équilibre en centre-ville, les promoteurs voient dans ces centres une nouvelle "mines" de profits. L’exploitation de ce "gisement" par les promoteurs des centres actuels peuvent laisser perplexe sur le futur aspect de nos centres anciens, déjà largement détourné par la piétonnisation... La règlementation, bien qu’elle ait un peu tardée à se mettre en place, accompagne bien le mouvement de prise de conscience des responsables politiques de l’effet néfaste des implantations commerciales de grandes surfaces, spécialement en périphérie. Il n’est pas question ici de parler de morale, mais on connaît aussi le rôle que ces équipements ont joué un temps dans le financement des partis politiques, une des raisons peut-être du succès de leur diffusion ? Aujourd’hui cet aspect des choses est encadré par la législation, qui prévoit en principe une transparence totale des contrats. La question de la gestion des centres existants reste tout de même posée, certains disparaissant définitivement, d’autres réapparaissent plus loin.
Il est donc plus que jamais impératif de ne pas commettre aujourd’hui les erreurs d’hier, et d’inclure la fonction commerciale dans la planification, par l’intermédiaire de chartes urbaines comme à Brest, et/ou de chartes nationales, qui en amont organiseraient les diverses stratégies d’acteurs au profit de l’intérêt général.

Massimo Sabatini Concorso AUCHAN - edizione 2000
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