
Y aurait-il aujourd’hui un antagonisme entre la notion d’urbanisme et la notion de commerce ? Témoin la modification subtile de la terminologie législative, qui a transformé, la Commission départementale d’urbanisme commercial en Commission départementale d’équipement Commercial. Ce changement de vocable, s’il "rend mieux compte de la réalité de la fonction", ne constitue pas moins dans le même temps la reconnaissance d’une certaine faillite, voire d’une faillite certaine de la responsabilité publique dans la maîtrise du rapport ville/commerce.
Tous les partenaires s’accordent à dire qu’il est à l’origine de la création de la ville et de l’évolution urbaine. Nous nous trouvons aujourd’hui en Europe devant une problématique nouvelle et grave. Les nouvelles pratiques commerciales, importées des Etats-Unis au début des années soixante, privilégient l’initiative privée et le libéralisme total dans une perspective de profit maximum. En quelques vingt années on a modifié massivement non seulement l’aspect, mais également les grands équilibres urbains, ce qui menace de parcellisation, d’explosion, la ville traditionnelle, dont le centre est vidé de son contenu, privé de la mixité, de la variété, et du commerce quotidien, qui contribuent activement au maintien en place de la population.

L’analyse strictement économique tend à déterminer la surface commerciale maximum en fonction de l’aire de chalandise, de la qualité, de la population et de son budget. Très vite, les aménageurs se sont trouvés confrontés au problème de la qualité architecturale et urbaine de ce genre de "quartiers" (pour ne pas dire "zone"), et, les exigences de la clientèle aidant, les promoteurs ont du faire un effort dans ce sens mais bien modeste. Dans le meilleurs des cas, un habillage de façades homogénéisant le tout, à l’exemple de Nîmes, ne résout pas la question de la perte de sens, seule, subsiste la notion d’acheter le plus possible. La période de récession que nous traversons a produit un comportement critique et sélectif de la clientèle.
Résultats :
Investissements moindres pour les promoteurs, voire nuls, distributeurs et aménageurs assument seuls l’interface.
Analyse fine du marché pour le distributeur, qui doit supporter seul l’investissement, et le poids des frais financiers.

La décadence précipitée des centre-villes, liée à la disparition des petits commerces de proximité et à la spécialisation en commerce de luxe, est bien plus préoccupante pour nos dirigeants que l’aspect esthétique sur le territoire. Le commerce n’est plus tout à fait considéré comme une panacée mais comme un équipement indispensable à toute vie urbaine. Pour cela, le ferment commercial est toujours préconisé là où l’urbanité n’a pas lieu. Il en est ainsi dans les zones des Développements Sociaux des Quartiers, ou les Grands Projets Urbains.

Les périphéries de ville étant saturées, les élus recherchent un équilibre en centre-ville, les promoteurs voient dans ces centres une nouvelle "mines" de profits. L’exploitation de ce "gisement" par les promoteurs des centres actuels peuvent laisser perplexe sur le futur aspect de nos centres anciens, déjà largement détourné par la piétonnisation... La règlementation, bien qu’elle ait un peu tardée à se mettre en place, accompagne bien le mouvement de prise de conscience des responsables politiques de l’effet néfaste des implantations commerciales de grandes surfaces, spécialement en périphérie. Il n’est pas question ici de parler de morale, mais on connaît aussi le rôle que ces équipements ont joué un temps dans le financement des partis politiques, une des raisons peut-être du succès de leur diffusion ? Aujourd’hui cet aspect des choses est encadré par la législation, qui prévoit en principe une transparence totale des contrats. La question de la gestion des centres existants reste tout de même posée, certains disparaissant définitivement, d’autres réapparaissent plus loin.
Il est donc plus que jamais impératif de ne pas commettre aujourd’hui les erreurs d’hier, et d’inclure la fonction commerciale dans la planification, par l’intermédiaire de chartes urbaines comme à Brest, et/ou de chartes nationales, qui en amont organiseraient les diverses stratégies d’acteurs au profit de l’intérêt général.



Ces "architectures", faites par des "architectes" remet en question l’éthique de l’architecte quant à la production de son oeuvre.
On prend un morceau d’usine on rajopute un peu de verre, et hop, ça "fait moderne". Entre le paraître et le vrai, il existe une grande marge, toute comme le fond et la forme...
Ouverture d’un des derniers centres commerciaux géants
Carré Sénart, centre commercial gigantesque de 65.000 m2 projeté dans les années 60 et finalement concrétisé sous la griffe de l’architecte Jean-Paul Viguier, a été inauguré mardi 27 août. Conçu pour devenir le coeur de la ville nouvelle de Sénart (Seine-et-Marne), il pourrait demeurer le dernier d’une espèce qui a fleuri dans les années 70.
Le schéma directeur de la région parisienne de 1965 avait prévu la construction d’une dizaine de ces énormes pôles commerciaux autour de Paris. La plupart ont ouvert entre 1971 et 1981 : Belle Epine en 1971, Vélizy 2 en 1972, Les 3 Fontaines à Cergy-Pontoise en 1972, Créteil Soleil et Rosny 2 en 1973, Evry 2 en 1975 et les Quatre Temps à La Défense en 1981.
Il ne restait donc plus que le projet Sénart, dernier de la liste, qui a tardé à voir le jour en raison du trop lent démarrage de la ville nouvelle (100.000 habitants), notamment à cause de l’implantation du Grand Stade à Saint-Denis.
Les dix communes de la ville nouvelle, à 30 km au sud-est de Paris, tablent sur leurs rivières et forêts pour attirer les Franciliens. Mais elles n’avaient pas encore de coeur : c’est le rôle dévolu à Carré Sénart.
En effet, son architecture a été particulièrement soignée, tout comme son contenu qui marie commerces (110 boutiques de chaînes à la mode), loisirs (16 cinémas, une dizaines de restaurants) et souci de l’environnement (1.200 arbres).
Pour cela, la conception a été confiée à un architecte renommé, Jean-Paul Viguier à qui l’on doit notamment le pavillon de la France à l’Exposition Universelle de Séville ou encore le parc André Citroën, à Paris.
Le concept de centre commercial géant semble en perte de vitesse, comme en témoigne tout récemment l’annulation du seul projet de cette taille près de Paris, à Aubervilliers, bloqué en juin par le Tribunal administratif de Pontoise, après la guerre menée par des associations de commerçants.
" Le projet propose un concept qui permet à la Sénart de démarre " explique Jean-Paul Viguier. " A terme, le centre doit " disparaître ", absorbé par la ville qui va gagner sur tous les côtés du centre commercial et devenir un coeur d’îlot ".
Carré Sénart s’affiche donc comme un centre de nouvelle génération, aux antipodes de ceux des années 70, alors "boîtes fermées", selon le jargon du métier.
Il se veut un lieu de vie, voire "une rue de centre-ville", vante son souci de la nature, symbolisée par une éolienne de 40 mètres de haut, mais aussi un Poney Club, des gardes à cheval, la proximité du canal de Sénart, multiplie les aires de jeux pour enfants.
Le site devrait également accueillir un parc de loisir, le "Grand Parc-Aquarium d’Ile-de-France ", un projet estimé de plus de 60 millions d’euros.
Pour structure l’ensemble, un premier tronçon de 6 kilomètres d’un tramways devant relier la gare RER de Lieusaint-Moissy à Saint-Pierre-du-Perret.
Enfin, quelque 4.000 logements sont également prévus et devraient faire une ville nouvelle dans la ville nouvelle.
Le promoteur de Carré Sénart, Espace Expansion, filiale d’Unibail, l’un des deux poids-lourds français du secteur, compte sur une clientèle potentielle de 800.000 personnes, à 30 minutes de trajet à la ronde. De quoi assurer 10 à 12 millions de visiteurs par an et 350 millions d’euros de ventes dès 2003, et détourner probablement quelques clients du centre voisin d’Evry 2.