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Histoire de l’Art

LA PEINTURE MONUMENTALE DANS LES EGLISES DE CORSE

Une stéréotypie iconique identitaire du Quattrocento


Par Camille FAGGIANELLI Docteur en Archéologie et Histoire de l’Art

En modillon : Chapelle Saint Michel de Murato - Haute Corse -

Gênes et la Lombardie, l’Aragon et la Sicile, le Nord et les voies des Alpes et de Provence ont synthétisé leurs langages individuels pour aboutir à des règles grammaticales formelles assimilées par la Corse dans la seconde moitié du XVe siècle. Les décors insulaires, exécutés pour la plupart durant cette période, représentent un patrimoine qui témoigne d’une activité artistique et religieuse intense en Corse entre 1386 et 1513.

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Castellu di Rustinu/St Thomas de Pastureccia/ Annonciation - l’ange Gabriel

Cette diffusion de l’art du Quattrocento finissant s’est faite dans ce que Jacques Heers désigne comme "la mer du Milieu", dans cette économie de marché qui relie Gênes à Barcelone en passant par Naples, Palerme et Cagliari, et qui relie par la route du Pô les Maîtres du Nord à l’Italie centrale et aux actuelles Alpes françaises, à la Provence par le Piémont, et à l’Espagne par le Languedoc.

Le rattachement de Naples à la couronne d’Aragon a bouleversé les grandes voies marchandes et l’étape, désormais incontournable de Cagliari a joué un rôle majeur sur le mode de transmission des formes de la deuxième moitié du XVe siècle,

Dans les années 1480 - 1490, le nomadisme des artistes est permanent, entre les riches commanditaires et les chantiers des grandes cathédrales de Gênes, Cagliari, Valence, Palerme ou Milan. C’est au cours de cette même période de développement de la dévotion privée que les scriptoria, les ateliers d’enluminures, créent un formidable brassage d’écoles, de styles et de personnalités.

La vicairie corse de la province franciscaine de Gênes n’échappe pas à cette redistribution des objets, des idées, des personnes et des images et la Corse hérite de tous les langages formels de cette spirale commerciale, terrestre, maritime et fluviale. Ses fresques sont un exemple remarquable de l’interprétation des traditions formelles qui circulent alors en Méditerranée, au cœur d’un vaste territoire qui préfigure l’Europe actuelle. Certains détails iconographiques méritent une attention toute particulière et permettent à l’historien de l’art non seulement d’évaluer l’influence artistique exogène, mais encore de proposer des créneaux de datation de ces campagnes d’images. Ainsi en est-il du détail iconographique du carrelage de pavement à décor centré représenté aux pieds de Gabriel dans l’écoinçon septentrional de Pastureccia, ou encore des carreaux du panneau de saint Michel dans ce même édifice. Le modèle formel est directement inspiré des majoliques, ou céramiques aragonaises, qui composent les motifs de pavement sur les retables de Sardaigne.

Les rapprochements avec le vocabulaire iconographique d’Italie centrale et du Piémont ont permis d’identifier des caractères fondamentaux retransmis par la plastique giottesque dès la fin du XIIIe siècle, à partir d’Assise puis de Rimini, Padoue et Milan, jusqu’à Pise. Les documents d’archives témoignent d’innombrables sauf-conduits entre l’île et le port de Gênes, et attestent d’ateliers de formation d’artisans corses établis sur le continent. La Toscane toute proche est pour l’île une autre voie de pénétration artistique privilégiée. Il en est de même pour la peinture catalane, par le double relais catalan et génois, qui s’impose à la culture sarde du royaume d’Aragon par un phénomène d’assimilation sardo-catalan, mêlant des éléments archaïsants locaux à des motifs modernes exogènes. Des "ateliers-écoles" réalisent des synthèses originales d’éléments archaïques et de prototypes gothiques tardifs, voire "flamandisants". Cette synthèse formelle pénètre en Corse, comme en témoigne le grand retable de Sainte-Lucie-de-Tallano, commandé en 1492 au Maître de Castelsardo par le seigneur du Sud, Rinuccio della Rocca.

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Favellu, Chapelle Santa maria Assunta / Collège apostolique

L’analyse stylistique montre que des ateliers locaux se sont organisés autour d’une activité qui leur a été propre, à partir de schémas dogmatiques importés. La peinture monumentale en Corse révèle non seulement une véritable activité picturale sous-tendue par une dévotion en adéquation avec les autres régions méditerranéennes, mais encore la présence dans l’île d’ateliers en perpétuelle évolution. Celle-ci trouve son aboutissement dans des caractères spécifiques qui ne peuvent être occultés par les rapprochements mis en évidence.

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Calvi, oratoire Saint Antoine. 25 février 1513
Crucifixion

L’appropriation de l’art d’Italie centrale, de Toscane, de Ligurie, du Piémont, de Sardaigne et de Catalogne par les artistes locaux a transformé ces différents caractères stylistiques pour aboutir à une stéréotypie iconique identitaire.



 Merci à Camille Faggianelli pour :"IMAGE ET PRIERE" : l’art monumental de la fresque dans la Corse génoise de la fin du Moyen Age (1386-1513) Thèse de Doctorat d’Archéologie et d’Histoire de l’Art

et à Patrizia, ( "elle, si sensible à l’Annonciation" ) qui a inspiré la publication de cet article !




I MUVRINI

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Mise en ligne le mercredi 4 septembre 2002 par di Cinarca
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