Vous êtes ici : aROOTS > aRchitectes > Maîtres de la Renaissance > Filippo Brunelleschi

Maîtres de la Renaissance


@
57 ROOTS
____
1

Filippo Brunelleschi

Sculpteur et architecte italien (Florence, 1377 - id, 1446).

Forum Architecture


Filippo Brunelleschi



Architecte, ingénieur, orfèvre, sculpteur, Brunelleschi puise sa vigueur créatrice aux sources antiques pour rationaliser l’espace de la cité moderne et invente la perspective, opposant ainsi au gothique tardif un nouveau système de représentation du monde.

Tenu pour un novateur par ses propres contemporains, Brunelleschi laisse une œuvre architecturale - réalisée pour l’essentiel à Florence, pendant la première moitié du Quattrocento, puis complétée par des élèves comme Michelozzo et Alberti - qui fait de lui un brillant initiateur de la Renaissance.

***

De l’orfèvre à l’architecte

Filippo di Ser Brunellesco, dit Brunelleschi, naît en 1377 à Florence, où son père est notaire. Il apprend à lire, à écrire et à compter, puis il est placé dans un atelier d’orfèvrerie. Admis apprenti orfèvre à l’Arte della seta (« guilde de la soie ») en 1398, il s’intéresse un temps à l’horlogerie. En 1400, il exécute des statuettes de prophètes, d’évangélistes et de saint Augustin pour l’autel de San Jacopo à Pistoia. En 1402, avec un relief sur le sacrifice d’Isaac, il remporte, ex aequo avec Lorenzo Ghiberti, le concours pour la seconde porte de bronze du baptistère de Florence. Mais, ne désirant pas collaborer avec Ghiberti, Brunelleschi ne donnera pas suite à son projet. Bien que reconnu maître orfèvre en 1404, il s’intéressera plus à la sculpture, avant de se tourner résolument vers l’architecture. En 1418, un avis de concours est lancé pour doter la cathédrale de Florence d’une coupole ; Brunelleschi présente un modèle, qui ne convainc pas d’emblée le jury ; il en prouve la justesse en construisant à San Jacopo Sopr’Arno une chapelle couverte par une coupole bâtie sans cintre, et il finit par obtenir la direction du chantier de Santa Maria del Fiore, à nouveau avec Ghiberti, qu’il parviendra à évincer vers 1426. Les travaux de la coupole commencent en 1420, alors que Brunelleschi s’est par ailleurs vu confier par l’Arte della seta ceux de l’hôpital des Innocents, un refuge pour enfants abandonnés, qui sera inauguré en 1445. S’inspirant des loges florentines, l’architecte réalise sur le long côté d’une place un portique - dans lequel il introduit l’ordre corinthien - qui donne accès à un ensemble comprenant un cloître, une église et un dortoir. Les structures portantes sont mises en valeur par l’utilisation de la pietra serena, une roche gris foncé dont la dureté permet la réalisation de colonnes monolithiques qui se détachent avec arcs et architraves sur l’enduit blanc du mur, procédé que Brunelleschi réemploiera à plusieurs reprises. En construisant ce portique, l’architecte pense également la place sur laquelle il ouvre le bâtiment : celle-ci sera bordée par le portique de la maison des Servites de Marie, dû à Antonio da Sangallo et Baccio d’Agnolo, tandis que son troisième côté sera marqué par les arcades de l’église Santa Annunziata, construite par Michelozzo.

JPEG - 9.8 ko
La coupole de Florence
La construction de la coupole de Florence est un des chefs d’oeuvre les plus représentatifs de la Renaissance italienne de par l’ingéniosité de sa structure tout comme la qualité architecturale de son dessin.

En 1421, Brunelleschi entreprend pour l’église paroissiale des Médicis, San Lorenzo, une chapelle nobiliaire, qui sera appelée Vieille Sacristie après la construction par Michel-Ange, en 1521, de la Nouvelle Sacristie. C’est l’un des ouvrages de Brunelleschi qui se trouvera le moins altéré par des ajouts, et le premier édifice de la Renaissance à plan central : un cube surmonté d’une coupole hémisphérique, dont les voûtains reposent sur des pendentifs. Pour l’église San Lorenzo elle-même, dont il entreprend la reconstruction en 1425, il adopte un plan basilical à trois nefs. La nef centrale est recouverte d’un plafond de bois à caissons et dotée de hautes fenêtres ; les nefs latérales, voûtées, sont éclairées par des oculus. Des chapelles couvertes d’une voûte en berceau s’ouvrent entre des pilastres. Le carré formé par la croisée du transept - surmontée d’une coupole - sert de mesure : il détermine les dimensions du chœur, des bras du transept et des nefs latérales. L’église sera terminée vers 1470, et il est difficile de faire la part de ce qui relève du projet initial de Brunelleschi et de ce qui appartient à ses successeurs. Le plan basilical réglé sur le carré est également adopté pour Santo Spirito, dont la construction débute vers 1436. La rigueur géométrique est ici encore supérieure à celle de San Lorenzo, mais le projet de Brunelleschi, trop révolutionnaire, ne sera pas respecté. La construction de Santa Maria degli Angeli commence en 1434 : l’édifice est octogonal, avec un espace central et huit chapelles-alvéoles rayonnantes. La construction de cette église sera interrompue en 1437, et Brunelleschi, qui meurt à Florence en 1446, n’aura pas l’occasion de terminer l’édifice. Mais ce plan central, sans doute inspiré du temple romain de Minerva Medica, influencera Bramante et Michel-Ange.

JPEG - 4.4 ko
l’Hôpital des Innocents, San Lorenzo
Le cloître de l’hôpital des innocents

Retour à l’antique et innovations

La première biographie de Brunelleschi, due à Antonio Manetti (1423-1497), mêle anecdotes pittoresques et panégyrique. Giorgio Vasari dans ses Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes (1542-1550) reprend le procédé : « Cet homme nous fut envoyé par le ciel pour rénover l’architecture égarée depuis des siècles. » Brunelleschi se serait rendu à Rome entre 1404 et 1406 avec Donatello et il y serait retourné vers 1417 (la critique moderne avance également la date, incertaine, de 1430) : là, il aurait étudié l’architecture des monuments antiques, afin d’en tirer des règles pratiques de construction. Mais Brunelleschi, loin de se contenter de copier l’antique, en réadapte le vocabulaire à un édifice qu’il conçoit comme un tout organique, régi par des mesures et des proportions harmoniques. Sa connaissance de l’architecture antique pourrait également être due au contact direct avec les monuments romans toscans (à Florence même, San Miniato et le baptistère, dont il s’inspire pour la lanterne de Santa Maria del Fiore).

Bien que reconnu et honoré - il fut enseveli à Santa Maria del Fiore, et eut droit à un monument avec une épitaphe commémorative -, Brunelleschi dut lutter pour imposer ses projets, notamment celui de la coupole de la cathédrale. Cosme de Médicis refusa le plan d’un palais nouveau, jugé trop somptueux. Santa Maria degli Angeli fut abandonnée, et Santo Spirito fut notablement modifié : les chapelles qui devaient montrer leur rotondité à l’extérieur furent dissimulées par un mur les enchâssant ; on a finalement construit trois portes en façade au lieu de quatre ; en outre, Brunelleschi n’obtint pas d’orienter l’église vers l’Arno, ce qui aurait créé une nouvelle relation de la ville avec le fleuve. Manetti impute nombre des imperfections des édifices de Brunelleschi à Francesco della Luna et à Manetti Ciaccheri, qui les achevèrent après sa mort.

Filarete et Manetti attribuent à Brunelleschi l’invention de la perspective, bien avant qu’Alberti n’en codifie les procédés dans son traité De la peinture (1435). Pour l’ingénieur Brunelleschi, la perspective constitue un instrument de calcul et un moyen de reproduction rationnel des édifices. Elle met en évidence les lignes de force de l’architecture (colonnades) et les scansions de l’espace (alternance des vides et des pleins). Vers 1415, il peint deux petits tableaux représentant en perspective le baptistère de Florence et le palais de la Seigneurie. Il aurait également pris part, à Santa Maria Novella, à la construction graphique du cadre architectural de la Trinité, peinture murale de Masaccio. L’influence de ces leçons de perspective sera particulièrement sensible chez des maîtres de l’école florentine tels que Filippo Lippi et Fra Angelico.

L’extraordinaire capacité d’invention de Brunelleschi se manifeste peut-être plus dans ses trouvailles techniques que dans ses choix esthétiques. La construction de la coupole de la cathédrale nécessite de soulever environ sept tonnes de matériaux par jour : il met au point grues et treuils à l’aide de vis sans fin, poulies, engrenages et roues dentées, ainsi que des échafaudages assurant la sécurité des ouvriers. Selon Manetti, son expérience dans le domaine de l’horlogerie lui fut très profitable. Certains dessins de Léonard de Vinci s’inspirent de ses créations.

Brunelleschi propose un nouveau type d’église lumineuse dont le plan est régi par le nombre d’or, à San Lorenzo et à Santo Spirito ; avec l’hôpital des Innocents, il établit un rapport particulier à l’espace urbain en suscitant la création de la place publique. Il réintroduit le plan central sur la base du carré ou du cercle à la Vieille Sacristie, à la chapelle des Pazzi, et à Santa Maria degli Angeli. Son emploi de la pietra serena pour souligner la membrure de ses édifices sera souvent repris, notamment par Michel-Ange. Enfin, on lui attribue le projet de l’un des premiers palais urbains de la Renaissance, le palais Pitti. Ses inventions marquent le début de la Renaissance architecturale à l’intérieur d’une cité encore médiévale : consul des Dieci di Balia (le conseil du gouvernement), Brunelleschi participe à la vie administrative de Florence, ville ceinte de murailles, au tissu urbain compact, et d’où émergent les grandes architectures gothiques, dont le campanile de Giotto. Mais si la coupole de Santa Maria del Fiore - « assez vaste pour pouvoir couvrir de son ombre tous les habitants de la Toscane », selon Alberti - est plus renaissante par ses innovations techniques que par sa forme légèrement pointue qui ne la démarque pas nettement du style ogival, elle manifeste un sens de l’espace nouveau et remodèle l’aspect de la cité des Médicis pour en affirmer symboliquement la suprématie face à ses rivales, Milan, Venise, Pise, Sienne, Lucques.


A lire sur le web :

la coupole de florence

Une biographie

Des galeries de photos



P.-S.

Données encyclopédiques, copyright © 2001 Hachette Multimédia / Hachette Livre, tous droits réservés

Partager sur Facebook

COMMENTEZ CET ARTICLE / Filippo Brunelleschi

VOIR AUSSI DANS LA RUBRIQUE / Maîtres de la Renaissance

Leon Battista ALBERTI Architetto Fiorentino
15 septembre 2003
Filippo Brunelleschi
4 novembre 2002

Commentaires

Vous êtes ici : aROOTS > aRchitectes > Maîtres de la Renaissance > Filippo Brunelleschi