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Critiques d’aRchitecture

Faut-il pendre les architectes ?

Rémy Viard architecte, urbaniste

Forum Architecture




L’architecture peut-elle être indissociable des décisions politiques ? Rémy Viard tente d’y réfléchir un instant.

" Faut-il pendre les architectes ? " s’interrogeait Philippe Trétiak dans son livre (1). Les architectes et urbanistes n’ont pas - c’est le moins qu’on puisse dire - bonne presse. Une enquête déjà ancienne donnait les deux noms les plus connus : Le Corbusier et Mansard (Jules Hardouin pour les intimes). Le Corbusier pour tous les grands ensembles qu’il aurait poussé à produire par ses théories bien qu’il n’en ait pas réalisé en France. Mansard pour avoir permis de récupérer - grâce à ses mansardes - des mètres carrés habitables au dernier étage.

Les reportages sur les violences urbaines ne manquent jamais de faire des travellings sur les cités et de commenter les barres, les tours et le béton... fruits de la charte d’Athènes et de l’utopie collectiviste. Jean-Louis Borloo, nouveau ministre de la Ville, confirme cette analyse : n’a-t-il pas récemment déclaré (dans le Monde daté du 31 octobre 2002) que " cela remonte de toute façon à l’architecture initiale des quartiers " ? On peut lui rappeler, pour mémoire, que les décrets d’application pour les ZUP et les grands ensembles ont été finalisés par de Gaulle fin 1958, après son retour au pouvoir.

Les architectes, les professionnels, l’architecture comme boucs émissaires, c’est pratique. Cela évite d’aller plus loin dans l’analyse. Bien sûr, une génération de professionnels - une partie du moins - a été attirée par le volume des constructions à réaliser. Souvent, de bons professionnels ont été associés à des opérations exécrables ou devenues exécrables du fait d’une gestion catastrophique laissant se concentrer des problèmes, transformant ces lieux en trous noirs de l’urbanisme. Alors, barres et tours sont-elles des problèmes ?

La SCIC (le plus grand bailleur social de France), responsable s’il en est de ces réalisations, vient d’inaugurer son siège social près de la TGB : une grande barre qui regarde la Seine. Il faut croire qu’il fait bon vivre dans certaines barres... à Neuilly, dans le 16e, à Monte-Carlo ou dans celle de la rue de Rivoli.

Les professionnels et les politiques de terrain interviennent à un moment d’un long processus dont les contraintes et les règles du jeu ont été déterminées. Souvent, le projet est surdéterminé avant même d’être dessiné. Surdéterminé dans son implantation, dans sa forme et jusque dans ses matériaux par les exigences de ce que l’on appelle " l’économie du projet ". Ce qui peut pour partie expliquer la disparition de toute culture architecturale et la très grande similitude de certaines réalisations. Bien sûr, il existe des exceptions, des structures paradoxales intéressantes qu’on se doit d’apprécier et de repérer (voir l’exposition Renaudy à Ivry), mais en général, c’est un processus linéaire, exclusif de tout retour de la forme produite sur la programmation, de toute interrogation sur le contenu du projet. C’est la négation du travail sur la structure et le détail de la forme produite.

Sans intervention sur ces processus et leurs dynamiques induites par les décisions prises en amont, inutile de parler de liberté de conception ni de participation. On ne peut produire que des villes subies tant par les professionnels que pour les citadins. L’architecture et l’urbanisme de demain se font aujourd’hui dans les décisions ministérielles. Alors, soyons vigilants sur ce sujet.

P.-S.

Illustration : Entre architecte et politiciens, Le corbusier à Firminy.

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