
MONTREAL – Du 9 juin au 20 novembre 2005, le Centre Canadien d’Architecture présentera dans sa salle octogonale l’exposition Super City, une installation de Douglas Coupland (sans doute mieux connu comme étant l’auteur du roman phare Génération X). Reprenant les thèmes des précédentes expositions inspirées de la riche collection de jouets du CCA, Coupland propose une réflexion personnelle sur le pouvoir qu’exercent les jeux de construction sur la perception des enfants de l’environnement bâti et sur l’influence de ces mêmes jeux sur les objets qu’ils produisent à l’âge adulte.
Partant du principe que les jeux de construction s’inspirent des objets et des idées du monde réel, Coupland met en scène un paysage urbain fictif en agençant habilement des maquettes de gratte-ciel, de monuments et d’éléments d’infrastructure créés avec toutes sortes de pièces provenant d’une panoplie de jeux de construction de sa collection personnelle. La tour monumentale du CN à Toronto (1976), des tronçons d’autoroutes reliant les États américains, des châteaux d’eau typiques de l’Amérique et les tristement célèbres tours du World Trade Center de Yamasaki (1966–1977), détruites le 11 septembre 2001, forment un tout harmonieux assemblé à l’aide de pièces des jeux Super City, Tinkertoy, Jumbo Lego, Meccano, Tog’L et Matador. L’ensemble de ces formes et objets, qui occupe une superficie de 3,65 m x 3,65 m x 3,65 m, est entièrement peint en blanc – clin d’œil aux souvenirs d’enfance de Coupland pour qui « tout, dans l’univers Lego, était parfait et impeccable et anti-mort.... Le Lego était l’avenir. Blanc. Propre. Plastique. »
Étiqueté « Legoolique » avant même d’entrer en maternelle, en 1966, Coupland est demeuré plus fidèle à ce jeu qu’à tous ses autres jeux de construction jusqu’au milieu des années 1970. Toutefois, il a immédiatement saisi les qualités uniques de Super City, un jeu plus raffiné, « moderniste », lorsque celui-ci fut lancé en 1967 : « Tout ce qui était fait avec Super City ressemblait à du Craig Elwood, du Neutra ou du Wallace K. Harrison. » Produit par Ideal Toys pendant un très court laps de temps, Super City a été pour Coupland « le meilleur jeu de construction jamais produit — probablement même supérieur au Lego ». Malheureusement « trop compliqué pour de jeunes mains inexpérimentées », ce jeu a été progressivement retiré du marché dès 1968.
Parmi les nombreux jeux de construction qui ont peuplé l’enfance de Coupland et qu’il a collectionnés jusqu’à l’âge adulte, ce sont surtout le Lego et Super City qui ont conquis son imagination — leurs qualités binaires et modulaires aiguisant finement sa façon de comprendre comment le monde est structuré et perçu. Plus sa sensibilité s’accordait aux concepts des pièces interchangeables et des systèmes intégrés propres à ces deux jeux, plus il était mystérieusement attiré par des phénomènes analogues — aussi bien l’architecture et l’infrastructure urbaine que les films catastrophe des années 1970, que l’ikebana (l’art japonais des arrangements floraux) — et par la dynamique de l’assemblage et du désassemblage dans un monde réel où la création est hantée par son contraire, la destruction.
Lors de l’avènement des jeux de pièces en plastique fabriquées en série, incarnés par Super City, la flexibilité des éléments modulaires a éclipsé la miniaturisation d’édifices entiers et d’objets caractéristiques des jouets du XIXe et du début du XXe siècles. Par leur nature même, les jeux modulaires évoquent les systèmes binaires et les technologies numériques, maintenant au cœur de la vie moderne, et qui, par la force des choses, « formatent » une grande partie de notre expérience contemporaine. Ambigus sur le plan de la forme, ces jeux largement répandus ont produit des objets probables suggérant des univers improbables et qui ont, dès les années 1960, suscité un vif intérêt pour de « possibles villes futuristes » annonçant une incroyable série d’éléments disparates. Coupland considère que les jeux de construction stimulent la capacité à « modeler le monde que nous fabriquons, notre lecture du monde ainsi que la façon dont nous imaginons les mondes qui pourraient être ».
Depuis 1990, année où le CCA a acquis la remarquable collection de jeux de construction de Norman Brosterman, plusieurs expositions et livrets ont exploré un vaste éventail de sujets allant de l’histoire peu ordinaire de jouets d’enfants aux mérites pédagogiques des jeux de construction qui nourrissent la tradition moderniste et suggèrent une « possible architecture » dans le monde réel — des « maisons de rêve » aux « villes jouets ». L’installation Super City présentée au CCA s’inscrit dans le droit fil de cette tradition et invite les visiteurs à comprendre comment ces jeux ont influencé leur expérience du monde et leur interaction avec celui-ci.
Auteur de neuf romans, dont Génération X, Microserfs et Hey Nostradamus !, qui explorent la culture contemporaine et évaluent l’impact de la technologie et du mondialisme sur l’âme humaine, Douglas Coupland a également écrit des ouvrages généraux sur le Canada et sur l’identité canadienne et écrit et interprété un monologue controversé, September 10, 2001, inspiré par la destruction tragique des tours jumelles de New York et produit pour la Royal Shakespeare Company à Stratford-on-Avon, en Angleterre. Depuis 2000, Coupland s’investit dans la production d’œuvres d’art et d’installations qui transgressent les frontières du conventionnel. Ses « environnements clos » qui déforment effectivement les relations d’échelle sont des portes d’entrée vers des territoires vierges où culture commerciale et culture populaire entrent en collision avec l’art, le design et l’architecture pour engendrer de nouvelles formes.
Le zine Un zine préparé par Douglas Coupland intitulé Super City accompagnera l’exposition. Cette publication à tirage limité, illustrée en couleurs et signée de la main de l’artiste, sera disponible uniquement à la Librairie du CCA (19,95 $).
Rencontre avec le public Le jeudi 9 juin, à 19 h, dans le cadre de l’inauguration de l’exposition, Douglas Coupland donnera une causerie, Rebuilding your Brain – The Lego Way, dans le Théâtre Paul-Desmarais. La présentation sera en anglais, mais la traduction simultanée sera disponible.
Cette causerie sera suivie d’une séance d’autographes à 20 h dans la salle Sottsass.
Finalement, à 20 h 30, les invités seront conviés à prendre un martini cocktail dans le Bombay Sapphire Blue Lounge (créé par Colin Schleeh) installé dans la maison Shaughnessy ; le DJ Patrick White sera aux commandes. Pour plus d’information sur l’engagement de Bombay Sapphire envers le design, on peut visiter www.bombaysapphire.com.
Pour information : (514) 939-7026 ou www.cca.qc.ca/supercity/fr.
Le CCA est un centre international de recherche et un musée créé avec la conviction que l’architecture est d’intérêt public. Fort de ses vastes collections, le CCA est un chef de file dans l’avancement du savoir, de la connaissance et de l’enrichissement des idées et des débats sur l’art de l’architecture, son histoire, sa théorie, sa pratique, ainsi que son rôle dans la société.